dimanche 12 juin 2022

Voyager : saisir ou vivre

 

Là-bas, j'aurais voulu tout photographier, pour tout ramener, pour ne rien oublier. Et puis, tôt ou tard, parfois tard dans la soirée, un insupportable tiraillement me saisissait. Tout m'appelait à vivre, tout me rappelait à seulement vivre. Suivre la danse délurée des nuages, admirer la silhouette d'un contrapposto à contre-jour, écouter les hirondelles emportées dans leur sarabande endiablée, percevoir la ville qui fatiguait, lentement s'épuisait. Une joie lacérante s'emparait alors de moi, accompagnée d'une non moins lacérante envie d'arrêter le temps.
Qu'est-ce que le temps présent ? Peut-être quelque chose d'impossible à capter, à immobiliser. Du sable entre les doigts, du bonheur qui s'en va. Inexorablement.
Saisie d'une pulsion irrépressible, je dirigeais mes pas vers la Vecchia Latteria, la petite échoppe dans la via San Pietro qui n'a l'air de rien mais propose des glaces artisanales comme autrefois. Je tendais l'index, une deux trois fois et puis je tendais trois pièces de monnaie par-dessus le comptoir. Je me dirigeais illico vers le Campo, j'allais m'asseoir en tailleur sur les pavés lustrés, parmi les enfants infatigables et les chiens résignés, et là, les yeux fixés sur la tour que le ciel azurait, je me laissais aller à simplement déguster.

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