1 juin 2026

Voyager : de rive en rive

 

Nous l'avons compris assez vite : il fallait partir tôt. Partir à l'heure des écoliers, des livreurs, des employés. A l'heure où la ville s'ébroue, s'étire et s'anime. L'heure des habitués se saluant dans les cafés. L'heure des rideaux qui grincent et renâclent à se lever. Déjà, à l'aube, notre corps commençait à éprouver la chaleur, aspirait à l'esquive, tendait à ralentir. Il faisait bon observer les pierres sur lesquelles l'ombre dansait, entendre les chants d'hirondelles qui tournoyaient, tendre l'oreille au fleuve qui murmurait. 
 
 
En bas, sur la grève, les chiens se lâchaient, leurs maîtres baillaient. La paix régnait encore dans les ruelles. Une paix qui serait peu à peu troublée par des klaxons, par des autobus pressés de se décharger, par des clameurs dans toutes sortes d'idiomes. Les exclamations italiennes se transformeraient bientôt en appels russes ou anglais. Mais pour l'instant, et en attendant les balades de la fin de journée, nous profitions de l'illusoire impression que la ville nous appartenait. 
 

Parcourant cette cité lovée dans une boucle de l'Adige, au fil de l'eau et au fil des jours, nous allions apprendre à traverser ses différents ponts, pour jouer avec la lumière, déjouer les harcèlements du soleil, trouver refuge sous les longues rangées de tilleuls et de peupliers. Fuyant les rayons implacables, nous attendions que les cloches sonnent l'heure pour profiter des églises et des musées, apaisants et hospitaliers. 
  

Avec le soir un apaisement se faisait. Un à un les bus repartaient. Traversant des parcs, les enfants ployant sous leurs sacs à dos se chamaillaient, suivaient leurs parents fatigués, irrités, par leur trop chaude journée. Une vie de quartier émergeait. Cette ville romaine, chantée par Shakespeare, entourée de vignobles réputés, au croisement des axes nord/sud, est/ouest, desservie par trop d'aéroports, trop attirante, trop connue, cette ville que nous avions souvent contournée, symbole de dynamisme économique et de croissance démesurée, à la regarder ainsi, le matin et le soir, et à nuit tombée, cette ville, nous apprenions à l'aimer.
 

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire