Leur vue me rassure. Leur présence est gage de pureté. Me
baigner dans des eaux rocheuses où ils ne seraient pas présents m'inquiéterait fortement. Ce qui n’est pas bon pour eux ne l’est certainement pas pour moi. J'aime donc les découvrir, les observer.
De loin. Si possible.
Il y a deux ans, juste avant de partir prendre l’avion, toute à ma joie de pouvoir me baigner une dernière fois dans les eaux fraîches et turquoises, j’avais étourdiment crawlé sur le dos un peu trop près du rivage.
Mon épaule avait alors heurté un rocher.
Sur lequel barbotaient deux créatures innocentes, mais néanmoins
porteuses de tous les attributs de leur espèce.
La neige avait déjà commencé de tomber, que j’avais senti une
dernière fois sous mon ongle comme une résistance, tiré d’un coup sec et tenu
entre mes doigts un ultime petit bout d’Adriatique (deux millimètres de fin
tronçon noir).
C’est curieux, la mémoire : il ne reste aucun souvenir
douloureux de cette expérience. Juste ce sentiment d’avoir porté longtemps des infimes parties de Méditerranée en moi.
Les oursins m'inspirent la même tendresse que les ours : menacés, à protéger.
De loin. Si possible.
De loin. Si possible.

