L’archange Baraquiel (détail) / Bartolomé Roman / dépôt du Musée du Prado / Museu de Mallorca
Grâce à P., je redécouvre l'aube. Pas l'aube dégustée les yeux mi-clos sur la terrasse, une tasse de café à la main. Pas l'aube en méditation assise face au paysage apaisé. Pas l'aube glauque suivant les nuits en traitillé. Non : une aube plus dense, plus luxuriante, sur laquelle pleuvent dru les chants d'oiseaux, les mélodies frissonnantes des arbres rassérénés, les fraîcheurs exquises émanant de la forêt, la lumière rose et beige et audacieuse qui trace son chemin entre les feuillages, une aube qui esquisse de vastes toiles et embrase les nuages, une aube qui, tout au fond, tout là-bas, s'en va éveiller le lac étendu au pied de la colline comme un animal affaissé, parcouru de brises légères et de furtives envolées.
Grâce à P., je redécouvre la pureté sauvage des journées en ébauche, avec mon corps animal qui hume, se délie et se déhanche, et explore avec avidité toutes les richesses qui se présentent.