7 avr. 2021

Vivre : intensément

 

Ces journées...
 

... qui commencent en froidure et en flocons... 


... qui apportent des brassées de couleurs et d'agitations...
- maux de têtes entêtants, vent mauvais, promesses et ouragans -

... ces journées merveilleuses qui nous mènent très loin au chevet de nos désirs tambourinants
là où la vie joue aux auto-tamponneuses avec nos sentiments...





6 avr. 2021

Vivre : quand l'heure, c'est l'heure

 
 NOW / Jean-Bernard Metais / Abbaye de Silvacane
 
Convoquée à 13h10, le dimanche de Pâques, j'arrive en bonne Suissesse à 13h07. Nulle attente à la réception. Les arrivées sont traitées avec fluidité. On me remet un formulaire en me priant de m'orienter vers le jeune militaire qui fait le guet. Celui-ci me dirige vers une place assise en me priant d'attendre. Au bout de 90 secondes exactement, on m'appelle pour un questionnaire administratif où je suis interrogée très aimablement. Au bout de 5 minutes, l'entretien étant terminée, me voici priée de patienter devant les loges de vaccination. A treize heures 19, l'infirmier plante l'aiguille. A 13 heures 20, il tamponne mon formulaire, regarde sa montre et me dit très sérieusement : "Vous étiez convoquée pour 13h 10, excusez-nous pour le retard."
Il y a des choses, il n'y a vraiment que dans notre bonne vieille Confédération qu'elles peuvent arriver.

5 avr. 2021

Vivre : évasions évasions

 
Côte dalmate / Années 1950 / Musée d’ethnographie / Split
 
Par le fait du hasard, je tombe le même jour sur deux informations ayant trait au monde des croisières : l'émission "Les pieds sur terre" diffuse le témoignage d'une femme partie en vacances avec son fils sur un de ces immenses paquebots sillonnant les Caraïbes en mars 2020, et qui a expérimenté les malheurs du confinement au cœur du confinement. Elle décrit la communication opaque de la compagnie, les informations contradictoires, les escales refusées, le personnel malade, les autorités à bord invisibles, l'épidémie diffuse dans ce lieu clos, les scènes de panique, le parcours du combattant pour parvenir à rentrer (et puis les semaines de maladie au retour). Son expérience fait état d'un parcours infernal.
Or, sur le site de Rainews (plateforme d'information de la télévision italienne) j'apprends que le 30 mars 2021, soit juste un an plus tard, un navire de la compagnie MSC a quitté Gênes avec 2'000 personnes à son bord, soit un tiers de sa capacité maximale. Il n'a accepté que des passagers provenant de l'Espace Schengen  (plus des ressortissants de Croatie, de Roumanie et de Bulgarie). 
Une femme, enseignante de 39 ans, partie avec ses deux enfants, témoigne de son irrépressible besoin d'évasion : "Après un an de restrictions, nous avions droit à savourer un peu de liberté". " C'est un choix  fait pour assurer notre santé mentale" a ajouté un père de famille. Le reportage montre bien sûr les tests PCR présentés au départ, les contrôles de température, le personnel dûment masqué, mais aussi les restaurants, les salles de fitness, les boutiques, les gens allongés sans masque au bord de la piscine, par centaines sur les ponts, pour bronzer en rangs d'oignons,  avec le soleil et la mer pour toile de fond. Le tout laisse songeur...  consterné et songeur : alors que toute l'Italie se voit strictement confinée pour la quatrième fois, on a donc laissé partir ce navire en toute légalité... et puis tant d'efforts d'évasion pour se retrouver en fin de compte assignés à résidence en compagnie des autres voyageurs, dans cette cité-paquebot, avec une quarantaine de cinq jours imposée au retour.

Hallucinant ? Incohérent ?  
On ne peut s'empêcher de se demander : entre les deux croisières, que s'est-il passé ? Le Covid est-il entré dans les mœurs, ses conséquences banalisées ? Les gens se sont-ils habitués aux chiffres et aux décès ? Se sentent-ils intouchables, non concernés ? Les hospitalisés, les enterrés, est-ce que ce sont toujours "les autres" ? Et, si ces touristes  ne se sentent pas impliqués par le Covid sur le plan de leur santé, qui, selon eux, va devoir fatalement prendre en charge les retombées sociales et financières de leur comportement ?
Au fond, la crise économique et sanitaire que nous sommes en train de vivre n'est pas seulement le produit des excès chaotiques de la mondialisation. Notre manière d'y répondre est aussi le reflet de tous nos fonctionnements autocentrés, de tous nos égoïsmes et de toutes nos infinies manies d'enfants gâtés.

4 avr. 2021

Vivre : seconde dose

 
Arlequin / Edgar Degas / collection Bemberg / Toulouse
 
Qu'on le veuille ou pas, Covid ou pas, il y a  à Pâques quelque chose de fou, de doux, de déluré, de relâché.
Qu'on puisse partir ou pas (cette année : évidemment pas, cette année : des œufs au fond du jardin, des feux devant les sapins), il y a une ambiance spéciale, ces chocolats, ces lapins, ces tapis jolis, ces jonquilles, tout ce qui brille, ce qui étincelle, cette nature qui se renouvelle, ces champs qui versent dans le vert, ces versants qui pomment, qui émeraudent, qui prairient, cette étincelance surgie de nulle part, ces scintillances inouïes, ces floraisons délirantes, le soleil qui fait ami ami avec le vent du Nord qui mord, la froidure qui joue avec nos nerfs, ce côté effronté de la lumière, ces tiraillements dans les parcelles, entre agneaux tout mignons qui se refusent au destin de gigot et ces chevaux qui galoperaient bien hors de leurs enclos, ces concerts a cappella, ces branchages qui ne se tiennent plus de joie.
Oui, qu'on le veuille ou pas, agités par la bise, aveuglés par les rayons, pressentant une libération, on se sent bêtement heureux, on chante, on danse, on profite du présent en y mordant à pleines dents.

3 avr. 2021

Vivre : affronter

 
Portrait de Scipione Venerio / Le Tintoret / coll. Bemberg / Toulouse
 
 
Nos zones d'ombre : ces lieux glacés que nous avons dû traverser sans personne pour nous rassurer. 
Et le seul moyen de nous rassurer : les retraverser en faisant fi de l'ombre, en la laissant nous éclairer.


2 avr. 2021

Regarder : le pic-épeiche

 

Vue du pont de Mantes / Jean-Baptiste Corot / Le Louvre / Paris
 
 
Comme dans un tableau de Corot, toute la forêt rougit à l'envol de l' oiseau. 
 

1 avr. 2021

Vivre : à pas lents, la nuit

 

Amazone moribonde sur cheval (détail)/ coll. Farnese //Museo nazionale archeologico / Napoli


A 20 heures 25, on entend les derniers pépiements, ça et là, un peu las. Nos plus proches voisins échangent encore quelques politesses, mais à mi-voix. Pas une étoile qui luise encore, pas un nuage niché où que ce soit. Un dernier cri, un piaillement. On croirait un dortoir de colonie, des moqueries entre deux passages du surveillant. 
Le Jura s'est paré d'ocre, comme braqué par une lampe torche. Quelque part le soleil résiste, persiste et l'heure bleue deviendrait presque verte, tandis qu'il s'oppose à la nuit. Le lac se fait minéral, il scintille.
Accompagnant le train de 20 heures 30, celui qui est toujours vide, parce que les gens sont déjà rentrés, harassés, et qu'il n'y a plus aucun fêtard qui songe à l'emprunter, l'ombre s'est infiltrée dans le village. C'est l'heure Magritte, l'heure des étranges carrés enluminés, encastrés bien alignés dans les découpes des maisons. L'heure des arbres rampant comme des araignées pour rejoindre l'horizon L'heure des bascules, quand le chien se fait loup, quand hulule le hibou. C'est l'heure du silence qui s'installe dans l'attente des nouvelles qui ne seront jamais belles. L'heure des craintes qui montent et des renards qui descendent.
C'est l'heure - vraiment - d'aller à l'interrupteur. Il est temps que la cuisine s'anime et retrouve ses couleurs.