Côte dalmate / Années 1950 / Musée d’ethnographie / Split
Par le fait du hasard, je tombe le même jour sur deux informations ayant trait au monde des croisières : l'émission "
Les pieds sur terre" diffuse le témoignage d'une femme partie en vacances avec son fils sur un de ces immenses paquebots sillonnant les Caraïbes en mars 2020, et qui a expérimenté les malheurs du confinement au cœur du confinement. Elle décrit la communication opaque de la compagnie, les informations contradictoires, les escales refusées, le personnel malade, les autorités à bord invisibles, l'épidémie diffuse dans ce lieu clos, les scènes de panique, le parcours du combattant pour parvenir à rentrer (et puis les semaines de maladie au retour). Son expérience fait état d'un parcours infernal.
Or, sur le site de
Rainews (plateforme d'information de la télévision italienne) j'apprends que le 30 mars 2021, soit juste un an plus tard, un navire de la compagnie MSC a quitté Gênes avec 2'000 personnes à son bord, soit un tiers de sa capacité maximale. Il n'a accepté que des passagers provenant de l'Espace Schengen (plus des ressortissants de Croatie, de Roumanie et de Bulgarie).
Une femme, enseignante de 39 ans, partie avec ses deux enfants, témoigne de son irrépressible besoin d'évasion : "Après un an de restrictions, nous avions droit à savourer un peu de liberté". " C'est un choix fait pour assurer notre santé mentale" a ajouté un père de famille. Le reportage montre bien sûr les tests PCR présentés au départ, les contrôles de température, le personnel dûment masqué, mais aussi les restaurants, les salles de fitness, les boutiques, les gens allongés sans masque au bord de la piscine, par centaines sur les ponts, pour bronzer en rangs d'oignons, avec le soleil et la mer pour toile de fond. Le tout laisse songeur... consterné et songeur : alors que toute l'Italie se voit strictement confinée pour la quatrième fois, on a donc laissé partir ce navire en toute légalité... et puis tant d'efforts d'évasion pour se retrouver en fin de compte assignés à résidence en compagnie des autres voyageurs, dans cette cité-paquebot, avec une quarantaine de cinq jours imposée au retour.
Hallucinant ? Incohérent ?
On ne peut s'empêcher de se demander : entre les deux croisières, que s'est-il passé ? Le Covid est-il entré dans les mœurs, ses conséquences banalisées ? Les gens se sont-ils habitués aux chiffres et aux décès ? Se sentent-ils intouchables, non concernés ? Les hospitalisés, les enterrés, est-ce que ce sont toujours "les autres" ? Et, si ces touristes ne se sentent pas impliqués par le Covid sur le plan de leur santé, qui, selon eux, va devoir fatalement prendre en charge les retombées sociales et financières de leur comportement ?
Au fond, la crise économique et sanitaire que nous sommes en train de vivre n'est pas seulement le produit des excès chaotiques de la mondialisation. Notre manière d'y répondre est aussi le reflet de tous nos fonctionnements autocentrés, de tous nos égoïsmes et de toutes nos infinies manies d'enfants gâtés.