10 nov. 2021

Vivre : transparences

 

 Venus aux trois putti (détail) / Sandro Botticelli / Petit-Palais / Avignon
 
Jusqu'à quel point suggérer, jusqu'à quel point évoquer, sans tout révéler, sans trop dire ?
Comment faire pour ne pas taire -taire serait lâche, voire fâcheux- comment dire sans tout dire ?
 

9 nov. 2021

Vivre : still life / 105

 
 
Un de mes plus grands bonheurs : les marchés de petits producteurs. Être happée par les couleurs, les exclamations, les senteurs. Circuler dans la ronde des saisons, dans les récoltes en lente progression. Rencontrer les personnes qui ont œuvré pour fournir ce que la terre peut donner de meilleur. Parler à la chevrière, à l'apiculteur. Échanger quelques pièces et quelques mots avec les agriculteurs. Choisir les légumes, les fruits (sans chichis, s'il vous plait, des produits bio non calibrés parvenus à maturité). Non seulement un bonheur : un honneur.
Samedi dernier, après le petit marché de Crest (une perle, mon favori entre tous, celui qui me fait chavirer et qui, comble de joie, inclut dans son parcours La balançoire, un lieu de qualité méritant d'être mentionné) je me suis retrouvée à méditer : et si ces gens qui contribuent au bien commun, qui suivent le rythme des éléments, qui ne peuvent donner d'ordres au temps, mais sont maîtres du leur, qui travaillent d'arrache-pied, ne comptant pas leurs heures, je me suis demandé s'ils n'étaient pas les vrais seigneurs de notre époque. Ils maîtrisent leur labeur, présents d'un bout à l'autre de chaque cycle. En fin de parcours, ils cèdent leurs moissons à des preneurs contents, reçoivent des retours (souvent des compliments). Ça et là, chemin faisant ils déposent quelques cageots bien fournis à des restaurateurs dignes de ce nom. De l'utilité et de la compétence. Des liens et du sens.
Oh, ma méditation ne versait pas dans l'idéalisation. Je pouvais bien imaginer les mains terreuses dans de petits matins glacés, et la fatigue, voire l'épuisement certains soirs où les astres n'avaient pas été cléments, et les comptes qui ne tournaient pas toujours rond. Mais, dans un monde de rentabilité et de stress déchaîné, de cadences et de surconsommation, quelqu'un qui ajoute de la valeur aux valeurs des choses, qui apporte du bon-sens à un système tendant à perdre la raison, qui contribue au goût et à la culture, n'est-il pas au cœur même de l'existence? 
Et c'est pour ça que, en sirotant mon café devant la douce Drôme, je leur ai tiré mentalement ma plus profonde révérence, à toutes ces belles personnes assurant noblement notre subsistance.

8 nov. 2021

Vivre : question de choix

 
La fille de Jephté / J.H. Fabisch / Musée Granet / Aix-en-Pce
 
Et pourquoi aller s'embourber, aller là où c'est compliqué, givré, mal embouché, pourquoi ? 
Pourquoi ne pas se diriger instinctivement, impérativement vers la simple, la pure, l'ineffable joie?

4 nov. 2021

Vivre : alertes

 

Multitudes d'avis lancés : quelques couleurs récoltées.


 


 

3 nov. 2021

Vivre : ce pays lointain

 

S'il existait un pays, une contrée lointaine, où les arbres aux verts ramages se transformaient soudainement une fois par année en emphatiques langues de feu, s'ils passaient par étapes successives du vert au rouge, du brun au jaune, si miraculeusement ils se muaient en superbes flambeaux de lumière, s'ils tendaient de l'or au bout de leurs bras et le faisaient pleuvoir sur les chemins, sur le gibier et les humains, s'il neigeait de la lumière sur les sentiers pour indiquer une direction nouvelle vers où se diriger, si des tapis s'étendaient au loin, des kaléidoscopes de roux, d'orange et de safran, de vermeil, de grenadine et de corail, d'ocre, de safran et de moutarde, de prune, de cerise, de lie de vin, si une telle contrée, un tel pays  existait qui ne se prendrait à en rêver, à vouloir le visiter, à aller capter du bout des doigts tels phénomènes ?
Ce pays existe. Il s'appelle l'automne. Il nous appelle. Il nous ensorcelle. Il est là et c'est hallucinant de le retrouver au rendez-vous, de le retrouver, hallucinés, chaque année en novembre.

2 nov. 2021

Vivre : l'épure

 

Barouder dans la buée du matin : se perdre pour mieux retrouver son chemin.

1 nov. 2021

Vivre : la pluie, le soleil

 
New York City Slicker / Carole A. Feuermann / Giardini Sant'Elena / Biennale 2017
 
 
Savoir donner, certes, savoir distribuer, jeter son pain, tendre  toujours la main, mais ne jamais oublier aussi de prendre, inspirer à pleins poumons, mordre à pleines dents, dévorer, prendre tout le nécessaire, tous les rayons d'un soleil effronté, prendre la pluie, prendre les sourires, et se prendre aussi les râteaux, accepter, accepter encore l'infinité de ce qui est donné. Ne jamais se lasser d'accepter. La vie est trop courte pour refuser.