14 déc. 2021

Vivre : quelque chose de bien en 2021

 

On m'a demandé : que t'est-il arrivé de bien en 2021 ? J'avoue que j'ai hésité un instant. 2021, encore davantage que 2020, m'a paru une année porteuse de nouvelles plombantes et de contrariétés à la pelle. Tant de choses n'ont pas marché comme je l'aurais espéré...


J'ai régulièrement ressenti cette affreuse sensation de perdre infiniment plus que je ne pouvais récupérer (et j'ai réalisé que durant toute ma vie je n'avais fait que conquérir et élargir mes possibles). Dur à vivre, difficile à accepter. Parfois, je donnais des coups dans les portes qui se fermaient. Parfois, je glissais un pied dans l'entrebâillement. Parfois aussi, je les laissais claquer.

Bien sûr, il y a eu la santé. Et le bonheur de partager ma vie avec des êtres beaux et solaires. Et de vivre dans un lieu de sérénité, de véritable sérénité, de sourires, de présences éclatantes. Et d'évoluer dans un pays de liberté, de démocratie (ou du moins de quelque chose pouvant s'en rapprocher), où les gens trouvent à se nourrir, à se loger, où un homme couché dans la rue, à même le sol, ne laisse personne indifférent et appelle un élan de solidarité. Oui : tout cela mérite d'être relevé... Rien de cela ne doit être négligé. Mais... régulièrement les choses perdues généraient dans mon cœur de petites brisures difficiles à rafistoler. Comme ces divergences au cœur du monde ne cessant de diverger jusqu'à menacer de craquer. 

Alors, quelque chose de bien en 2021 ? Tout bien pesé, deux choses : premièrement, les chambres. J'ai dormi durant cette année dans plusieurs chambres anciennes, noblement décorées, des cocons superbes qui pouvaient abriter des rêves apaisés (une grande chambre rouge au Sud avec laquelle j'ai entamé de profonds dialogues avant de plonger dans les bras de Morphée). Deuxième cadeau de l'année : les marchés, une multitude de marchés. Je m'y suis sentie d'autant plus heureuse qu'ils étaient restés trop longtemps fermés. J'ai adoré y retourner : déambuler longuement, observer  la belle énergie qui s'en dégageait, humer, écouter toutes les présences qui circulaient (même si l'autre soir, à nuit tombée, j'ai fui le Marché de la Kleine Tchanze, qui battait son plein, rempli d'épices, de chocolats, de vin chaud, de rires, de proximité - hum hum - je l'ai fui pour y retourner sagement durant la journée, quand il est nettement moins arpenté, mais que le traiteur grec s'active toujours à préparer ses irrésistibles pitas).
 
 Kleine Tchanze / récemment
 
En plongeant dans les souvenirs de cette année, de bien belles images ont émergé. Il fallait juste les tirer du brouillard morne, fine couche de poussière grisâtre qui les recouvrait. Moralité : une année consternante peut apporter quantité de choses bien. A condition de bien vouloir les repérer. 



13 déc. 2021

Vivre : l'importance des choses

 
Crucifixion (détail) / Ugolino di Nerio / Pinacoteca / Siena
 
Qu'est-ce qui est important ? Et qu'est-ce qui ne l'est pas vraiment ? On pourrait dire que tout est important (oh oui, la moindre coccinelle, le moindre sourire, le moindre incident). Et, en même temps, rien ne l'est véritablement (avec distance, les choses perdent vraiment de l'importance). Et c'est dans cette relativité que se joue notre vitalité, dans cette oscillation constante que fleurit notre bonheur d'être au monde.

12 déc. 2021

Vivre : déphasages

 
Lo Zoppo / Le Louvre / Paris

Il y a des jours où l'on doit faire appel à une grosse dose d'imagination. Des jours où, levant les yeux de sa lecture, on est saisie par un curieux vertige : assise devant la forêt, observant les busards trembler et les rouge-gorges réclamer, emmitouflée dans un plaid de lainage épais, on vient de quitter un livre qui parle d'une écrivaine s'envolant vers Athènes en plein mois d'août et qui craint que son hôtel en ville ne bénéficie d'aucune brise marine, rien pour l'aider à affronter la canicule annoncée. 
Comme pour les vêtements, on devrait toujours veiller à emporter des romans de saison.

11 déc. 2021

Vivre : dermato logiques

 
Portrait d'homme / Fayoum / Kunsthistorisches Museum / Wien
 
Ce mec-là : franc, direct, avec un bel accent. Bourru, oui, certainement. Et taiseux, pas un mot de trop. Et pas franchement chaleureux, évidemment. Mais providentiel, assurément.
Alors que nombre de ses collègues, probablement attiré/es par la chirurgie dite esthétique, nez en trompette, et facturations adéquates, répondent que non, non désolé/es, ils ou elles sont surchargé/es, pas le temps pour ce genre de dysfonctionnement (entendez : ce cancer, mélanome ou carcinome, un de ces phénomènes fortement désappointants)
Alors que, dans certaines salles d'attentes, on se croirait dans des salons, avec promotion de produits au coût plutôt élevé, et, diffusées sur écrans plats, des propositions d'interventions ultra nécessaires (quoi ? vous ne saviez pas qu'avec ces rides d'expression-là le succès ne serait pas au rendez-vous ? que votre bonheur dépendait de votre lissage frontal ? qu'il y avait entre vous et la séduction un méchant sillon horizontal ?)
Alors qu'on a connu de ces docteurs et doctoresses spécialisé/es en dermatologie collaborant avec des palaces lémaniques (un séjour de quelques nuits, tout compris, et vous pouviez rentrer parfaitement transformé/e dans votre pays)
lui, sobrement, affirme : "On ne fait pas le même métier". Tout est dit.
Même cursus, même formation, même spécialisation. Mais certainement pas les mêmes revenus ni la même conception d'un fameux serment attribué à Hippocrate, pourtant prêté dans un même élan. C'est pourquoi à l'approche des Fêtes sa salle d'attente est pleine à craquer et il est inondé de chocolat, ce mec-là.

10 déc. 2021

Vivre : priorité

 
Portrait d'Elisabeth Bellingshausen / Bartholomäus Bruyn / Mauritshus / Den Haag

Premier devoir :
douceur envers soi
et patience et indulgence
(le reste suivra)

9 déc. 2021

Vivre : la forêt, un matin

 

Mettre mes pas dans les sillons suivis par le chien. Entendre les feuilles craquer à notre passage (étonnant comme la musique de nos pas peut être dissemblable). Joyeux tamtam à deux sous les flocons qui ébauchent, heureux, de folles cabrioles. Traces de renards, traces de gibier traqué, traces légères et perlées de quelques tourterelles esquissant une tarentelle. Trainées de larmes amères des feuillus que la nuit a malmenés. Lourdes gouttes blanches projetées par de vieilles branches. Mystérieux zigzags dans les étendues grisées.
 
 
 

La forêt impose son silence, c'est-à-dire qu'elle bruisse de mille babils, grésillements, battements, gazouillis. Claquements, écoulements, cliquetis. Benêt qui croit la forêt mutique, elle qui n'a cesse de scander qu'elle est en vie. L'essence même de la vie : pure énergie. Langoureux s.o.s de troncs malmenés. Cris stridents, longs avertissements, tous les habitants sont au courant de notre randonnée.

Suivant le sentier, nous parvenons au refuge, pauvre cabane résignée que les festivités ont abandonnée. Nous hésitons à quitter ce monde monochrome où nous nous sentons si bien, protégés de toutes sortes de folies. Nous temporisons : quoi déjà terminée, cette balade qu'il nous semble à peine avoir commencée ? Nous oscillons encore un moment. Enfin, la vision d'une table généreusement décorée parvient à nous raisonner. Avec un soupir, nous nous détournons de ce monde noir et blanc pour rejoindre notre déjeuner mandarine, orange, kaki, groseille et saumon.


8 déc. 2021

Vivre : savoir gré

 
Annonciation / Francesco di Valdambrino / Rijksmuseum / Amsterdam
 
Rien de définitif, rien d'assuré.
Aucun dû. Dès lors...gratitude.