20 déc. 2021

Vivre : éloge de la désinvolture

 
détail de la façade en front de mer / palais ducal / Venise
 
Curieux, comme, insouciants jusqu'à la négligence,  guère préoccupés par les résultats, pressés jusqu'à en être délurés, nous parvenons à réussir sans aucune difficulté. Nous admirons étonnés ce que nous avons fait avec légèreté.
(alors que, parfois, appliqués, soucieux au point d'en être anxieux, nous achevons péniblement notre tâche, mécontents d'un aboutissement paraissant au final décevant...)

19 déc. 2021

Regarder : drôles de cocos

 
La prédication de Saint-François aux oiseaux (détail) / Giotto di Bondone / Le Louvre / Paris
 
Elle s'appelle Carla Rhodes. Initialement comédienne et ventriloque, elle s'est découvert une passion pour la photographie destinée à la protection de la vie sauvage. Elle livre sur son site de splendides images d'animaux pris sur le vif (elle utilise des pièges photographiques, entre autres sous son distributeur à nourriture, placé chez elle dans les Montagnes Catskill, dans l'Etat de New-York). 
Les oiseaux, les animaux captés, pleins de vivacité, font penser à des stars surprises par des paparazzi. Trop drôle! ICI 
 

Vivre : passages brouillés

 
Incoronazione di Santa Caterina e santi (dett.) / Jacopo di Mino del Pelliciao /pinacoteca / Siena
 
Il arrive toujours ce moment durant l'hiver, où celui-ci se fait rude, froid, hostile et charrie de conserve des flots de souvenirs désobligeants. Désirs de repli. Besoin du goût revigorant des bons sentiments. Importance des mots auxquels on devient particulièrement sensible. N'est pas synonyme qui veut. Ne prononce pas les justes termes qui croit. Les larmes montent, indociles, les explications fusent, malhabiles. Les mains se tendent, un peu partout, un peu trop, un peu trop souvent. Nécessité de se comprendre, de s'expliquer avant de pouvoir donner. Impression d'avoir égaré quelque chose de très important, qu'on ne saurait nommer, quelque part, il y a très longtemps. Il arrive toujours en hiver ce moment où quelqu'un s'exclame : "Tiens : sur ta joue, une larme de froid".
 

18 déc. 2021

Lire / Vivre : Un paysage d’hiver, quand le froid est extrême

 
 
Selon Sei Shonagon, les choses qui gagnaient à être peintes étaient :
 

Un pin // La lande en automne // Un village dans la montagne //
Un sentier dans la montagne // La grue // Le cerf //
Un paysage d’hiver, quand le froid est extrême //
Un paysage d’été, au plus fort de la chaleur
 

Pour les six autres sujets, je ne saurais dire. 
Mais pour le paysage d'hiver, et le froid qui mord,
ô vénérable dame, je suis entièrement d'accord.
 
 
 Les clochers des alentours sonnaient midi.
Je suis restée longtemps, les yeux ébahis,
les doigts engourdis, le chien abasourdi.



 
Je suis restée longtemps, face au paysage endormi
ses entrelacs et ses détails observés avec minutie
les pupilles envoûtées par tous ces précieux lacis.
 
 
 

Je n'avais rien, pas de pinceau, ni de crayon, ni d'encre de Chine
(laquelle eut vite fait de se transformer en bloc de charbon).
Je n'avais pas de carnet, ni le moindre feuillet à disposition. 

 
La forêt se taisait. On entendait seulement un claquement. 
C'étaient mes dents. Il m'a fallu alors me dépêcher,
dégainer mon appareil et prestement photographier....

... au risque de me retrouver, moi aussi, totalement givrée.


17 déc. 2021

Vivre : insomnie

 
Buste de femme (ou de marin) / Pablo Picasso / Musée Picasso / Paris
 
Sa vie rime avec ennui. Elle le traine, se traine, se languit. Passe et repasse en mode miroir, se scrute, se selfie, se crucifie. Une vie, un regard vide, mais, de grâce, pas de rides, elle ne veut pas se trouver vieillie. Le matin, à midi, à minuit, elle lance comme des bouées ses émojis. Elle tapote, elle écrit, voudrait tant déployer de l'esprit en se cherchant désespérément des amis. Un de perdu, dix de repris et tant pis pour le suivi.
Sa vie rime avec ennui. Ses doigts glissent sur les touches. Touche à tout, touche à rien, envahie par le vain, vaines tentatives de liens. Triste femme ou triste fille, elle patauge, démunie. Enfin, un message dans le noir, oui : elle n'est pas tombée dans l'oubli. Trois symboles, deux smileys, elle s'agite, elle frétille, elle sourit : se voit enfin jolie, se retrouve gentille. Elle expire, elle finit par s'endormir, en pleine nuit, rassurée et ravie.

16 déc. 2021

Vivre : prendre aux mots

 
"Ich möchte hier raus" / Birgit Jürgenssen / Werbung Sammlung / Vienna
 
Sur la terrasse ensoleillée, juste derrière moi, une voix de femme m'a tirée de ma rêverie :
"Si tu le dis, je te tue. Je te jure que je te tue. Il en va de ma réputation. Si tu en parles au comité, je te promets, je te tue."
J'ai gardé les yeux fermés face à l'intensité de la lumière, mais les propos avaient piqué ma curiosité. Impossible de me tourner sans me faire remarquer. Intriguée, j'aurais donné n'importe quoi pour savoir de quel comité il pouvait s'agir. Et, naturellement de quel inavouable secret. 
"Je divorce. Et puis après, je te tue. Pas un mot au comité. Tu jures ? Tu jures, hein, pas un mot ?"
Fichtre. ça avait l'air sérieux.
Quand mon café est arrivé, j'aurais volontiers échangé mon petit chocolat Cailler glissé dans la soucoupe contre le fin mot de l'histoire.
Hélas, il y a eu un bruit de chaises déplacées. En se dirigeant vers la sortie, ils ont frôlé ma table et la femme lançait encore ses mises en garde : "Tu le jures ? Tu le jures ou je te tue!". De dos, tandis qu'il s'éloignaient, ils ressemblaient pourtant à un banal couple sans histoires. Elle avait les cheveux grisonnants, une ménagère transparente dans la file d'un supermarché (mais qui eut été prête à tuer son époux lui aussi grisonnant, peut-être un peu bedonnant, s'il avait révélé son secret palpitant!)

15 déc. 2021

Vivre : rester centré

 

 

  La Chambre des Epoux (détail) / Andrea Mantegna / Palazzo ducale / Mantova

Dans un monde détraqué, veiller à rester dans son axe.
Face à toutes sortes de débilités, s'efforcer de contrebalancer. 
Prendre de la hauteur, éviter d'entrer dans les mêlées.