28 mars 2019

Vivre : elle s'appelait Cécile


Portrait de femme / Palma il Vecchio / MBA-Lyon

Elle s'appelait Cécile. Elle enseignait apparemment la littérature française dans une université de la banlieue londonienne. D'après ses rares allusions à ce sujet, ce ne devait pas être un travail très motivant. Elle trouvait les colloques rasants. Elle postait tous les jours sans exception un billet, pas très long, mais varié. Il lui arrivait de parler d'archéologie, ou de jardins, ou de bouquins. Elle pouvait aussi s'étonner de l'arrivée du printemps. Ou du chant spécifique d'un oiseau. Elle donnait l'impression d'être une intellectuelle qui n'avait pas toujours les pieds sur terre.

Elle photographiait aussi – assez maladroitement – pour illustrer ses trajets en métro, ou certaines visites de musées. Je ne manquais jamais ce rendez-vous quotidien. Elle n'était pas du genre à attendre des réactions ou des statistiques rassurantes. Je crois qu'elle postait comme on sème aux quatre vents, pour le plaisir de partager. Durant toutes les années où je l'ai lue, je n'ai commenté chez elle qu'une seule fois, à propos d'un sujet – banal s'il en est – sur lequel je pouvais lui apprendre quelque chose, car elle avait pris un pic épeiche pour un pic vert lors d'une balade en forêt. Nous  avions à cette occasion échangé quelques mots plaisants. Elle était cultivée sans la ramener et j'ai appris énormément en la lisant. 
Il lui arrivait de partir pour la journée à Paris visiter des expos qui l'enthousiasmaient (elle pouvait s'extasier de façon touchante sur la beauté d'une statuette ou d'un fragment de verre ancien). Elle rentrait de ces excursions "les pieds en compote" et je me demandais toujours si elle savait se choisir des chaussures adaptées. Le mercredi, elle prenait le train pour aller dans une ville de province qu'elle n'a jamais citée, rejoindre quelqu'un qu'elle n'a jamais nommé, dans un but qu'elle n'a jamais mentionné. Elle se contentait de poster une photographie du paysage, floutée à cause de la vitesse (et sans doute de ses talents de photographe limités).

Un matin, elle a annoncé que le billet du jour serait le dernier. J'ai eu un peu de mal à m'en remettre. Son blog sans prétention, mais avec une belle érudition, était peut-être mon préféré.
 

27 mars 2019

Vivre : moins que demain



Sur des rails ou avec un grand A,
le vivre au quotidien, c'est bien.
Le reconnaître, c'est encore mieux :
ce privilège de cheminer à deux.

26 mars 2019

Regarder : le silence




Le silence, ce n'est pas forcément une question de bruit - ou d'absence de bruit.
Le silence, ce peut être une couleur, une image - comme celle-ci

Le silence, c'est une question de corps : on fait corps avec l'instant. 
On se détend. On expire. On est présent. On est ICI.

Le silence, c'est un état de corps et d'esprit, une manière d'être en vie.
Il y a des gens silence, des attitudes silence, des tableaux silence.
Et, de même, il y a de faux silences, qui ne sont que des cris.

25 mars 2019

Vivre : still life / 67



Il m'arrive d'être inconséquente. Parfois. Quand j'ai vu sur le site ce secrétaire en vente pour une bouchée de pain, je me suis dit : dommage, je n'en ai nul besoin. J'ignore pourquoi je suis retournée le voir tous les jours de la semaine. Jour après jour, il était toujours là, ne trouvait pas preneur. Je ne sais par quelle impulsion soudaine un matin, j'ai appelé. Juste pour me renseigner. On n'a pas décroché. Je me suis dit : restons-en là. Mais la personne a rappelé. C'était le secrétaire de sa grand-mère. Quand elle m'a donné les dimensions (120 / 115 / 55), j'ai pensé : abandonnons (ma vieille Volvo peut assumer beaucoup de choses, mais ça, non). La personne m'a dit qu'elle pouvait faire un exception et passer me le livrer moyennant une somme dérisoire. Résultat : le mastodonte est là. Rutilant dans son environnement contemporain. Il se dore au soleil couchant et accueille mes dessins.