16 mai 2019

Vivre : la Traversée de l'Hiver / 32



Ma rencontre avec le médecin de l'établissement s'est révélée aussi désolante qu'instructive. Était-ce le personnage, avec son regard fuyant, qui était affligeant ? Ou peut-être le rôle qu'il s'efforçait de jouer, avec peine, en s'efforçant de concevoir tout problème comme mécanique, en bégayant des réponses techniques ? Était-ce le système dans lequel il évoluait qui motivait sa manière d'esquiver prudemment toute recherche de sens ? Au-dedans de moi quelque chose de fort bouillonnait, qui ne pouvait trouver à s'exprimer dans cet échange effarant. Face à ce professionnel qui bredouillait, se répétait, évoquait médication, prescription et éventuelle hospitalisation,  je me suis efforcée de rester calme et de m'en tenir au factuel. Je me suis efforcée de poser des questions et de prendre note des réponses. Je me suis efforcée d'écouter patiemment l'infirmier aux mains moites quand il rectifiait les informations approximatives que le médecin débitait. Je me suis efforcée ensuite de marcher calmement vers la sortie tandis qu'il me semblait manquer d'air.

Longtemps, j'ai cru que le suicide était une chose dramatique, innommable, impossible à considérer, un signe de lâcheté. Je me souviens d'un été où je n'arrêtais pas de pédaler rageusement pour décharger ma réprobation contre un départ abrupt qui m'avait impactée.
Maintenant, je crois que la pire des choses, c'est d'être privé du droit de décider, de céder cette part de soi à d'autres. Notre mort, intimement liée à notre vie, est sans doute un de nos biens les plus précieux, un de nos droits essentiels. Ce bien, ce droit, ne devrait dans l'idéal appartenir qu'à soi. Le céder à des professionnels déterminés à maintenir coûte que coûte en vie, angoissés sans doute par l'idée de leur propre finitude, enfumant toute décision : quelle dépossession, et, au final, quelle défaite...

Longtemps, j'ai pensé que le véritable luxe, c'était de pouvoir faire construire sa propre maison. Et puis, j'ai fait construire ma propre maison. Ou alors, pouvoir partir à New-York ou monter jusqu'au Machu Picchu. Puis, sachant que j'avais le montant du billet à portée de souris, je me suis dit que le luxe, c'était aussi de pouvoir se refuser quelque chose qui est à notre portée.
Maintenant, je crois que le luxe d'une vie, c'est de pouvoir définir comment partir. Arrêter de tourner autour du pot, ne pas déléguer à d'autres, à un entourage désemparé, ce fondamental droit de décision. Une affaire de soi à soi, où l'esprit et le corps s'expriment tant qu'il restent maîtres à bord.

Cette semaine, j'ai rempli mon document. J'ai écrit : je veux ça, ça et ça. 

Oui, durant ce long, ce trop long hiver, il n'est de jour où, comme des papillons comme des insectes insistants, mes pensées n'aillent vers ma noble mort et l'interrogent incessamment.

15 mai 2019

Vivre : studio Harcourt



Ici, certains soirs, les photographies couleur
sortent immanquablement en blanc et noir.
Ici, certains soirs, le paysage veut poser en star,
exige clair-obscur, mystère et projecteurs. 

14 mai 2019

Vivre : Still life / 71




Cet objet courant, un ORL m'a expliqué un jour ce que c'est : "un peu de ouate autour d'une tige". Rien de plus. Qu'on se le dise : certainement pas un truc destiné à se nettoyer les oreilles. De grâce : non ! Rien qu'un peu de ouate autour d'une tige, qu'on retrouve trop souvent à polluer nos paysages.
Comme il m'en restait un certain nombre en stock, ils me servent depuis ce conseil avisé à nettoyer les minuscules recoins de certains appareils électroménagers. Une fois le stock épuisé, ce sera un objet de moins à acheter.
Je veux bien faire la sourde oreille à toutes sortes de propositions inutiles, voire néfastes pour la santé, mais comment je les lave, mes esgourdes ? "Simple, m'a répondu l'ORL : le coin d'un linge humidifié et vous n'aurez jamais les portugaises ensablées."

13 mai 2019

Vivre : conduite répréhensible


Portrait d'un homme / Michael Sittow / Mauritshuis / La Haye

Amoureux et doux, ces transports où,
sa droite entre mes paumes caressée, 
c'est avec la main gauche qu'il passe les vitesses.

12 mai 2019

Lire : temporalités





Dans "C'est aujourd'hui que je vous aime", François Morel raconte un amour de jeunesse aux débuts laborieux durant les années Giscard. Le dessin est joli. L'histoire aussi. On s'attendrit. On sourit. On constate que si les rythmes, les technologies, les idéologies et les soucis écologiques ont évolué en quarante ans, les tourments adolescents et les commentaires sur la météo, eux, sont restés invariablement les mêmes.
Alors, on observe mai faire des siennes. On regarde les nuages passer. On constate que les éclaircies succèdent aux ondées. On admire le ciel qui fait son show. On replonge dans ses lectures et, d'une certaine façon, on est rassuré.

11 mai 2019

Vivre : interrogations



Certaines soirées
chercher des réponses
dans le ciel nuancé
comme dans un marc de café.

10 mai 2019

Vivre : oser le silence


Le couronnement de la Vierge (détail) / Filippo Lippi / Offices / Florence

Tout un art :
cette fondamentale seconde de silence 
- un point de suspension, une expiration -
qui voit émerger la confidence.