31 août 2020

Vivre : élagages



Dans  les gestes, dans les mots
dans la suite des heures et des jours
bannir les excès, tendre vers l'épure

30 août 2020

Vivre : miracles et déceptions

Psyché tourmentée / Artiste inconnu / Galerie des Offices / Florence


A force d'y avoir beaucoup pensé, à force d'avoir beaucoup craint et beaucoup espéré, à force de m'y être préparée, à force de ruminations et de planifications, à force d'attentes et de temporisations, j'ai fini par comprendre que les choses ne se passent jamais - admettons : quasiment jamais - comme on les avait imaginées.
 

29 août 2020

Vivre : jours de blancheur


 

On les attendait comme une menace, à force on n'y croyait plus, et les voici qui nous agressent, qui s'invitent comme des malotrus. Branle-bas le combat dans les armoires. Désarroi des déprimés. Retours intempestifs de promenade. Écoliers tout trempés. Les voici donc, ces jours qui nous disent : l'été est effacé. On a beau le savoir : l'automne, ses paysages enflammés, ses myriades d'émotions, ses étonnants frissons, on les espère, on y aspire. Mais les voici, les jours de transition, les jours de trahison, qu'il faut bien vivre, en regardant le ciel goutter, en écoutant les arbres soulagés.

28 août 2020

Vivre / Lire : retrouvailles


Captured On Paper_Eye / Sonja Gangl / Albertina / Vienne

 Je l'ai retrouvée par hasard, avec plaisir, presque avec soulagement, comme on retrouve un être cher perdu de vue depuis trop longtemps. Je ne sais par quel instinct l'autre jour je suis retournée sur son site. Pour y découvrir qu'elle venait de reprendre son monologue, soudainement interrompu, aisément récupéré. Depuis quatre ans, je pensais régulièrement à elle, ses mots me manquaient. Pendant près d'une décennie, j'avais aimé nos rendez-vous quotidiens et, s'il m'arrivait de la trouver parfois snob, élitaire ou énigmatique, s'il m'arrivait parfois de me dire que jamais jamais je ne pourrais me lier d'amitié avec elle dans la "vraie" vie, j'adorais la lire, tenter de comprendre les méandres de ses écrits, me cultiver à son contact. Elle me permettait de voir le monde de manière plus large, m'ouvrait des portes, m'invitait à une culture qui n'était pas la mienne. 
(L'émotion, quand je songe aux dernières années, quand le travail devenu absurde m'enserrait comme un étau et que je trouvais dans ses billets quelque chose d'aérien et d'essentiel qui m'inspirait) 
(C'était - et je pense qu'elle l'est toujours - quelqu'un qui pouvait passer des heures attablée à une terrasse, à lire ou à croquer)
(C'était - et je ne vois pas pourquoi elle aurait changé - quelqu'un qui n'avait pas une once de sentimentalisme ou d'opportunisme)
Elle a donc repris le fil, pratiquement là où elle l'avait laissé... (elle reprend toujours, je crois qu'elle a absolument besoin de s'exprimer à travers ce journal virtuel et que cette manière de partager à grande distance lui convient à merveille). Elle montre à présent les choses sous un autre angle, elle utilise de nouveaux médiums. Cependant elle est toujours la même : originale, créative, ludique, imprévisible (jusqu'à frôler l'insupportable). N'attendant rien, donnant ce qu'elle veut bien donner. 
Elle ne me connait pas (à peine avons-nous échangé quelques mots il y a fort longtemps) et je ne la rencontrerai jamais. S'il nous arrivait de nous croiser dans la rue, nous le ferions probablement l'une et l'autre dans la plus totale indifférence. Mais... quel bonheur de découvrir à nouveau des réalités à travers son regard décalé, quel bonheur de la rejoindre dans son monde si particulier, elle : ma blogueuse préférée. 

27 août 2020

Vivre : des journées comme ça





Ces journées bleues, presque grises, nébuleuses, pas forcément atroces ni insignifiantes, 
qu'un souffle puissant suffirait à dégager, qu'un seul vent, un brutal Joran, pourrait gâcher.

26 août 2020

Lire : deux voies



Tête de Diego /L'homme qui chavire / Portrait d'Annette / Alberto Giacometti / Musée Granet / Aix-en-Pce

Il s'était dit pour la centième fois depuis le départ d'Hélène que lui aussi aurait pu partir. Mais Sébastien pouvait toujours décider de prendre le large, il serait inévitablement rattrapé par une voix, celle des infos, celle de la fureur du monde, celle qui lui soufflait tout ce qu'on devait écrire ou dire mais jamais la réalité de ce qui arrivait vraiment. L'information quotidienne, c'était le grand voile noir posé sur ce qu'on ne doit pas savoir. Il l'avait intégré petit à petit. L'information ne racontait rien de profond, seulement les choses qui étaient arrivées mais presque jamais pourquoi, comment et par qui elles arrivaient réellement. L'information ne servait qu'à déclencher des réactions en chaîne et en masse, la peur, l'indignation, le détournement d'autres intérêts, l'enthousiasme démesuré... Rien n'était neutre.

La rage de devenir quelqu'un a obscurci mes aspirations à être. J'ai quitté l'imaginaire pour me conformer au prévisible. Car vivre dans la pensée commune, l'ambition sociale, ce n'est plus inventer. C'est inverser les codes magnifiques et lumineux pour verrouiller ce coffre dont on a refermé les portes de l'intérieur. La porte a claqué. Sommes-nous nombreux là-dedans ? J'étouffe mais "ils" ont déclaré qu'être semblable aux autres sauve. J'y crois ferme et ça n'a pas l'air si terrible. On ne voit pas ce que ça donne de l'extérieur. Seuls les êtres libres voient les autres, enfermés. Les êtres empêchés ne voient pas les êtres libres tant ils se croient libérés. Ils entendent seulement leur différence, ils les détestent d'emblée et cette haine viscérale les soulage un peu, mais ils ne savent pas pourquoi. L'obligation sociale de l'ascenseur, de l'évaluation, entamée dès la maternelle a bâillonné les mots qui jaillissaient pour tracer leur chemin de lumière. J'ai brisé dans une sorte de cave personnelle la clarté intense qui m'enivrait. J'ai écrit dans l'ombre, j'ai passé les mots sous silence et j'ai disparu à l'intérieur du désarroi de ce qui naissait avec tant de désinvolture
.
 
C'est un journal à deux voix. Il y a lui et il y a elle. C'est un couple séparé. Pas au sens juridique du terme. Au sens réel. Elle part pour dix jours sans dire où, avec qui ni pourquoi. Il reste avec leurs deux enfants. Elle exprime ses raisons. Il parle des siennes. Ils semblent parcourir chacun un chemin totalement opposé, celui de la femme voué à comprendre sa réalité intérieure, ses aspirations, sa créativité brimée, celui de l'homme orienté à investiguer le réel pour trouver du sens à son histoire et à celle de la société où il évolue. Elle entreprend une retraite méditative qui la contraint au silence, à l'introspection et ... à des douleurs dorsales. Il s'attache à faire au mieux son travail de journaliste et rendre compte de ce qui est en train de se passer dans le monde (le récit commence le 6 septembre 2001 et prend fin quelques jours après les attentats).

Ce premier livre emprunté après le déconfinement, je me suis hâtée de me le procurer en librairie afin de pouvoir le relire à mon rythme. Frédérique Deghelt, dont je n'avais pas particulièrement apprécié quelques précédents livres, les trouvant convenus et trop lisses, a écrit celui-ci de manière tout à la fois limpide et ciselée. Elle excelle dans le rendu des mouvements intérieurs, de l'homme, de la femme, entrelacs d'expériences et de sentiments décrits sans (trop) prendre parti. On se reconnaît en elle. On se retrouve souvent en lui. On y trouve certes quelques lieux communs, quelques facilités, mais dans l'ensemble, c'est un roman qui nous interroge incessamment, nous qui sommes à la fois des êtres adaptés, intégrés à la société (ayant dû faire bon nombre de concessions pour y trouver notre place) et des êtres d'aspiration, voués à créer, à conquérir, à étendre le champ de nos possibles.

Ces deux-là vont-ils se retrouver ? Ce n'est pas à l'écrivaine de nous le dire. Il ne s'agit pas d'un livre doté d'un happy end, mais il est porteur d'invitations à nous  interroger. En particulier sur les compromis nécessaires et ceux que l'épreuve du temps finit par rendre superflus. Il sollicite notre attention sur la place que nous accordons à notre vie sociale et sur celle que nous entendons préserver à notre individualité. Dans le fond, le plus important n'est pas qu'à la fin on sache notre héros et notre héroïne réconciliés. Le plus important est de comprendre si nous, lecteurs, qui avons fait avec eux le voyage, qui avons accepté d'être interpelés, pouvons nous sentir réconciliés avec nous-mêmes. Un roman d'été qui offre une palette de remises en question, auxquelles on réfléchira encore longtemps après la fin de la saison.


 

25 août 2020

Vivre : d'une pierre blanche

Saint franciscain / Bartolomeo Bellano / Exposition "A nostra Immagine 2020 / Vicence

Il y a des journées qui n'ont rien de remarquable. Pas de grain de sable dans les rouages, pas d'anicroche d'aucune sorte. Rien de bien folichon, ni de marquant.
Si ce n'est... si ce n'est qu'aujourd'hui, après quoi ? trois ou quatre ans peut-être, l'homme, le père, le monsieur d'un certain âge, sec comme une branche du Sud, rigide comme un i, l'homme qui ne répond jamais, qui répond à peine, qui passe tout droit, qui promène tous les jours et toujours seul son fils dans son fauteuil, son fils adulte aussi rond qu'il est lui-même maigre, son fils rougeaud, courtaud, privé de jambes et de paroles, son fils qui crie parfois tandis qu'il traverse le village, aujourd'hui, alors que je l'ai croisé, l'homme a esquissé un sourire et m'a saluée en retour.