2 janv. 2021

Vivre : face à la tempête

 

La tempête devient de plus en plus forte.
Ça ne fait rien. Moi aussi. 
Fifi Brindacier
 
La citation sur la palissade de Berne m'a rappelé les aventures de l'intrépide Fifi. Une héroïne aux bas déchirés et au caractère bien trempé. Une fille qui n'avait peur de rien et affrontait, effrontée, son destin. Lutin futé surgi de l'enfance, modèle de témérité, comment avoir pu l'oublier ?
 

1 janv. 2021

Lire : l'illumination, l'infini

 



M'illumino 
d'immenso
 
Je m'éblouis
d'infini
 
 
Giuseppe Ungaretti, Mattina, 
 tiré du recueil L'Allegria
trad. Philippe Jacottet
 

C'est un matin de juin. Le 26 juin 1917, très précisément. Un jeune poète italien, ami d'Apollinaire se trouve au front, stationné à Santa Maria la Longa, près de Trieste. Il a écrit plusieurs poèmes sur son expérience de la guerre et des tranchées. Ici, il dit en quatre mots ce qu'il vit lors du surgissement du soleil. Un poème concis pour dire l'immensément grand. Ungaretti n'était pas un poète à gaspiller les mots. Or, on a beaucoup glosé sur cette poésie. Des tas de gens très intelligents ont décortiqué, analysé et fourni des clefs. Est-il besoin d'explications pour saisir la fulgurance de ces moments où la vie vous appelle à la présence ? Qui sait. Dans tous les cas, le privilège est de pouvoir les ressentir en pleine conscience.

 

31 déc. 2020

Lire : le vieil écrivain

 
 
John écrit magnifiquement sur sa propre mère. Dans "D'ici là", son roman de 2005, le voile disparaît entre tous les vivants et les morts - qui, s'ils ont brillé d'un feu assez vif avant de disparaître, ne s'en vont jamais tout à fait. Le narrateur, lui-même âgé, voyage à travers les souvenirs et les grandes villes de ce monde, avoue à sa mère que maintes choses l'ont effrayé. " J'ai toujours peur" dit-il. "Bien sûr, le rassure-t-elle. Comment pourrait-il en être autrement ? Soit tu es sans peur, soit tu es libre, tu ne peux pas être les deux." Rick Bass, à propos de John Berger, "Sur la route et en cuisine", p.158.

 Qu'est-ce qui nous pousse à relire ? Qu'est-ce qui fait qu'un livre sera gardé pour le cas où...? Qu'est-ce qui nous empêche de le donner, et même de le prêter ? Qu'est-ce qui, certaines après-midi d'hiver, dirige notre index vers un rayon particulier de notre bibliothèque et exerce une pression assurée sur une tranche pour nous permettre d'emporter un bouquin précis dans le fauteuil rouge installé face à la forêt ? Qu'est-ce qui conduit ensuite le même index vers tel chapitre expressément - celui-là et pas un autre ! - et nous donne alors le sentiment d'être enfin arrivée chez nous, pour un moment, une heure, une après-midi ?
Je l'ignore. Mais ce jour-là j'avais besoin de retrouver John Berger, travailleur manuel et écrivain, admirateur de montagnes, généreux et protéiforme artiste, pour partager un moment en sa compagnie. Le chapitre où il reçoit Rick Bass, avec deux jeunes aspirantes écrivaines, dans sa maison de Quincy en Haute-Savoie, est un pur bonheur. On y trouve un vieux sage en deuil de la compagne avec laquelle il a passé 40 ans, qui se sait proche de la mort, mais se montre apaisé, chaleureux, offrant la tranquille assurance de qui arrive au terme d'une vie bien remplie. On y voit son fils, agriculteur et peintre, sa petite-fille, venus en voisins, et des étrangers, venus de loin pour le rencontrer et lui préparer un repas savoureux. On y trouve la proximité rassurante du Mont-Blanc et on devine la force des regards et des gestes qui circulent entre tous les convives. 
Qu'est-ce qui nous pousse à relire ? Trouver ce qui nous manque, ce à quoi nous aspirons. Trouver une ambiance, une citation qui fait sens, juste à ce moment-là. Les livres que l'on garde sont des maisons amies dans lesquelles on pourra toujours entrer, prendre place, entendre les mots dont on a le plus grand besoin.
 
 
Sur la route et en cuisine, Rick Bass, éditions Christian Bourgeois, 2018
D'ici là, John Berger, éditions de l'Olivier, 2006 


30 déc. 2020

Vivre : le sens de l'observation

 
Pavement de l'église / Cairanne
 
 
Si le rêve est, selon Sigmund, la voie royale vers l'inconscient, alors bien évidemment l'attention est la voie impériale vers le conscient. 


29 déc. 2020

Lire / Regarder : dans le vent bleu de l'Histoire

 


Le secret, ce serait donc de toujours croire au Père-Noël. Ne rien attendre, surtout ne rien attendre (quoi que ce soit, de qui que ce soit). Rester présent. Être le présent qui reçoit. Et alors, ouvrir les bras, ouvrir les yeux : se rendre capable de recevoir.
Chaque année, ici, le Père Noël dévie de son tracé GPS pour apporter ses livraisons détonantes : un message ébouriffant, trois amaryllis flamboyants, rouges, rouges au point d'en être noirs, un bandeau en laine mérinos permettant de garder intactes ses oreilles face aux tornades matinales et, parmi les titres déjà connus, une rhapsodie qui vous laboure le cœur.
 
La couleur bleue court tout le long de ce roman graphique, depuis le titre jusqu'à l'immense mélancolie qui vous saisit et vous étreint la poitrine, en passant par la mer, celle de l'Adriatique, baignant Trieste et l'Istrie, celle de l'océan Atlantique, conduisant à New-York. 
 

 
Le scénario est tiré d'un roman publié par Silvia Cuttin il y a une dizaine d'années : Ci sarebbe bastato (Il nous aurait suffit. Non traduit en français). L'histoire, c'est celle d'une jeune garçon triestin, qui vit durant l'été 1938 ses derniers moments heureux et insouciants, juste avant que les lois raciales promulguées par Mussolini ne réduisent progressivement comme peau de chagrin les droits et la marge de manœuvre des Juifs italiens. Andrea Goldstein est alors contraint d'émigrer en Amérique. Ses parents le pressent de partir avec sa sœur. Là-bas, ils seront accueillis à Brooklyn par une tante. Le jeune homme se trouve un travail à l'hôpital Mont-Sinai, il fréquente une petite amie qui a fui elle aussi l'Europe nazie et il s'intégrera en devenant bientôt Andrew
 
Mais cet exil est teinté de doutes et de tourments : il angoisse à cause de ses parents dont les nouvelles se tarissent, il angoisse à cause de son cousin Martino resté en Italie, il angoisse à cause de ce qu'il apprend de l'Europe. Il frémit, il tangue et il finit par prendre la décision de s'engager au sein des GI's. Il débarque dans la baie de Naples le 25 décembre 1944 et fera partie, en tant qu'infirmier, des troupes qui remontent libérer la Péninsule. La suite de l'histoire se fondra dans les couleurs grises et froides de l'Histoire.



Le récit est prenant, porté par la sublime adaptation graphique d'Andrea Serio. Celui-ci possède un style original et puissant, qui tranche avec les tracés un brin gentillets qui émergent trop souvent de la BD actuelle. Le dessin est vigoureux, presque brutal par moments. Les traits ardents et désespérés soutiennent la trame de l'histoire.  Les couleurs sont appliquées avec force et lyrisme. La dominante bleue occupe pratiquement toutes les pages, complémentée parfois avec du jaune, parfois avec du gris. Par moments, les contours se font flous, reflets des jeux de la mémoire. Peu de dialogues, peu de légendes. Il arrive que deux planches disent le désarroi de l'exil, le sentiment de vide et d'abandon à travers la simple esquisse de nuages et de feuillages. Le titre fait bien sûr référence à l’œuvre de Gershwin, dont la version de 1942 a connu un énorme succès durant la guerre.
 


On referme l'album. On le rouvre. On retourne aux images. On ressent le chagrin, l'exil, la peur dans des cases où presque rien n'est défini, mais où tout est évoqué, avec gravité, avec nostalgie. On se promet de revenir encore plusieurs fois, parce qu'il y a beaucoup à voir, à ressentir dans cet album et qu'on ne peut pas en faire le tour en une seule lecture. On remercie très fort le Père-Noël qui, cette année encore, s'est montré si généreusement inspiré.






Rhapsodie en bleu, Andrea Serio, éditions Futuropolis, 2020. Site de l'auteur : ICI
Version originale : Rapsodia in blu, Andrea Serio, edizioni Oblomov, 2019
Roman : Ci sarebbe bastato, Silvia Cuttin, 2011, edizioni Epika. Site de l'autrice : ICI
 


28 déc. 2020

Vivre : l'importance des regards

 

Sacra famiglia (détail) / Il Bronzino / Galerie des Offices / Florence
 
 
Au cœur de la reconnaissance : toujours une forme de naissance.
 
 

27 déc. 2020

Vivre : candeur

 

Découvrir : fouler à pas légers des étendues de blancheur.