28 nov. 2021

Vivre : blancheurs

 

Elle s'était annoncée déjà depuis quelques temps. Silence humide, lenteurs et tremblements. Elle nous avait fait frisonner, filé des envies de retrait, de plaids et de tasses de thé. Elle s'était faite de plus en plus insistante, nous priant de bien observer : ces envols furtifs, ces brins figés, ces désertions soudaines dans les prés, n'étaient-ils pas ses habituels messagers ? Ce matin, branle-bas le combat : les nuages couraient, fuyant les rives, le Jura pâlissait, craignant le pire. Le soleil ne faisait pas son malin, se planquant constamment derrière des amoncellements de plus en plus menaçants. Nimbostratus ou stratocumulus, secoués de toutes parts, on eut été bien en peine de les identifier. On se hâtait de rajouter des couches avant de sortir les affronter.
En ville, les gens semblaient évoluer en mode ralenti. La lumière, les vitrines, l'atmosphère, tout paraissait avoir viré au gris. Et puis, un enfant s'est mis à gigoter, a ouvert grand la bouche, tout prêt à l'avaler : le premier flocon de neige qui venait de tomber.

27 nov. 2021

Vivre : rages et désespoirs

 

La vieille / Giorgione / Accademia / Venise

Tantôt elle grogne, elle râle, elle vitupère. Tantôt elle se lamente, elle pleure, elle se désespère. Tantôt Tatie Danielle, option Tatie flingueuse, tantôt Mamie gâteau, Mamie tapotant sur l'épaule. Elle joue sans cesse sur ces deux tableaux, s'emmêle les pinceaux, s'y perd au point d'en perdre son latin, tandis qu'on recule, mine de rien. Elle aspire à la sagesse. Elle se voudrait expérimentée. Elle se verrait vieillir comme un bon vin, avec solennité, reconnue et appréciée. C'est oublier novembre et ses cruautés, novembre impitoyable pour les dépossédés.
 
On la voit de loin qui s'achemine à pas hésitants vers le cimetière, les épaules affaissées, et quelques pauvres pies pour l'accompagner.

26 nov. 2021

Vivre : l'art de la discrétion

 
Baptême du Christ (détail) / Cima da Conagliano / Gallerie dell'Accademia / Venezia
 
Ne pas donner prise : une manière de procéder toute en précaution.
Éviter l'arrogance, qui croit toujours en son droit sans la moindre hésitation.   
Se dire qu'on a peut-être tort (même s'il y a des chances qu'on ait raison).

 

25 nov. 2021

Vivre : agir

 
Portrait de Jane Seymour (détail) / Hans Holbein d.J. / KHM / Vienne
 
 La confiance : au travers d'un seul mot, l'attitude du bon sens. 
 

24 nov. 2021

Vivre : le poids d'une parole

 
Les Bourgeois de Calais (détail) / Auguste Rodin / Ca' Pesaro / Venise
 
Il a dit : c'est une question d'honnêteté, et même de noblesse, que d'honorer coûte que coûte ses promesses.
Et ces paroles bien pesées reflétaient le poids de la parole qu'il savait donner.
 

23 nov. 2021

Vivre : pas son genre

Sculpture / place Saint-Marc / Venise
 
Adorer les langues, leur dynamisme, leur manière de ne pas se laisser enfermer, dans des genres ampoulés ou ripolinés, faisant fi de certaines règles absurdes ou guindées. On nous a bassinés pendant des mois et des semaines : nous étions censés dire "la" Covid et pas "le". "D" pour "disease", 'c'est-à-dire "maladie" et maladie est un mot féminin. Par conséquent, la la la... Il n'empêche que pour tout le monde, le mot se réfère à un virus, un virus dont on n'a pas fini de parler, sur lequel on ne cesse n'intervenir et de s'interroger. Et c'est là que se trouve le véritable problème, le centre de la question. On entend ainsi de plus en plus de gens concernés dans l'espace public utiliser le masculin qui est si logique dans leur esprit. Ainsi réagit la langue, reflet de la vitalité qui la porte, et qui affirme : le le le, en évoquant logiquement ce désastre.

 

22 nov. 2021

Vivre : carpe noctem

 

Cueille le jour, dit l'adage. Cueille, profite, saisis l'instant présent que la vie te tend incessamment. Mais...
ici, il s'agirait plutôt de savoir cueillir la nuit...