Falassarna / Crète
7 juil. 2018
Vivre : switcher
6 juil. 2018
Vivre : les caresses de la vie
Lionello d'Este / Pisanello / Accademia Carrara / Bergamo
Il est tellement généreux qu’en lui demandant une faveur on a l’impression de lui rendre service.
5 juil. 2018
Vivre : still life / 48
Période anniversaire : les cadeaux... Les
cadeaux... qui disent les liens, qui disent les échanges. Il y a ceux qu’on
désire, ceux qu’on demande et ceux qu'on reçoit, ceux qu’on n’aurait pas osé espérer, ceux qui surprennent, ceux qui font plaisir, ceux qui déçoivent
atrocement (comment a-t-elle donc pu m’offrir
ça ?), ceux qui empoisonnent, ceux qui sont vraiment trop moches, ceux qui vous feraient presque éclater de rire.
Longtemps, je me suis
sentie obligée de les accepter, de les garder, de les employer. Longtemps, ils m’ont
manipulée. Maintenant, c’est très simple : j’en fais
strictement ce que je veux. Je prends, je profite, je me délecte ou bien je
donne, je recycle, je jette. L'essentiel est sans doute, après avoir dit merci, de les laisser circuler, de reconnaître qu’ils font partie de tous les dons de la
vie et, comme tous les dons de la vie, les sourires, les attentions, la santé, les égards, les merveilles,
les instants diamant, ils sont simplement à prendre ou à laisser.
4 juil. 2018
Lire : recevoir et être reçu
Domenico Di Bartolo / Santa Maria della Scala/ Sienne
Avec de la vertu, de la capacité, et une bonne
conduite, l’on peut être insupportable. Les manières, que l’on néglige comme de
petites choses, sont souvent ce qui fait que les hommes décident de vous en
bien ou en mal : une légère attention à les avoir douces et polies
prévient leurs mauvais jugements. Il ne faut presque rien pour être cru fier,
incivil, méprisant, désobligeant ; il faut encore moins pour être estimé
tout le contraire.
Les Caractères, De la société et de la conversation, 31
Cher Jean, on ne saurait mieux dire.
En cette saison d'invitations et de conversations,
tes mots sont un régal et tes observations d'une modernité totale !
En cette saison d'invitations et de conversations,
tes mots sont un régal et tes observations d'une modernité totale !
3 juil. 2018
Vivre : retour à la case départ
Duccio di Buoninsegna / Maestà del Duomo (dett.) / Massa marittima
Je viens d’apprendre que cet homme, cet homme rencontré il y a
deux ans un samedi de juin, ce vigneron plein de vitalité et d’entrain, qui
nous avait raconté sa trajectoire et ses projets autour d'une bouteille et dont
la faconde m’avait inspirée à tel point que j’en avais rempli une page entière dans mon journal le lendemain, qui apparaissait comme travailleur, baratineur,
vital, latin, cet homme qui tendait le bras et balayait les vignobles alentour
de la main, cet homme dont je me souviens quasiment tous le jours pour un
détail insignifiant parce que ce matin-là il m’avait indiqué une herbe à curry
dans son jardin, et que j’en ai planté une depuis dans le mien, cet homme vient de mourir le deux juin. Un mélanome malin.
A chaque fois, me prendre une gamelle, subir une déferlante de tristesse, d'angoisse, de regret. A chaque fois, entendre au fond de mon estomac l'exclamation "merde", le sentiment d'injustice et la rage qui gronde. A chaque fois, me retrouver simplement, cruellement mortelle. A chaque fois, ressentir l'envie de dépenser, de conquérir, d'oser, de déchiqueter tous les impossibles.
A chaque fois, cette impression de n'avoir pas encore su apprivoiser la mort. A chaque fois, comme au jeu de l'Oye.
2 juil. 2018
Voyager : rêverie bisontine
Porte noire / Besançon
Le cœur de la ville est niché dans une anse du Doubs et la Grand Rue le divise de part en part. Quand on emprunte cette ancienne voie romaine, en direction de la cathédrale Saint-Jean, on se retrouve face à ce noble monument.
Dans
l’antique Vesontio, oppidum gaulois devenu capitale de la
Séquanie, évoquée par Jules César dans son De Bello Gallico, on a édifié cet arc de triomphe en l'an 175, sous le règne de Marc
Aurèle. C'est plus tard, au Moyen Âge qu'il a reçu le nom de Porte Noire.
Le temps, la
pollution, le travail des éléments ont érodé la fine pierre de Vergenne. La sculpture en bas-relief représentant des scènes de la mythologie grecque et romaine s'est effritée au fil des ans. Par endroits, on distingue à peine certains sujets, mais s’imaginer tout ce qu’un tel monument a pu connaître au cours de son existence a quelque chose de poignant.
Dans la ville, les invasions et les occupations se sont succédées, amenant impulsions et ravages. Les révolutions sont passées. Des industries sont nées et ont douloureusement disparu. Aujourd'hui, la maison natale de Victor Hugo exhibe fièrement ses attributs à quelques mètres de la porte. Les rues du quartier sont besogneuses et animées. Chaque jour des centaines d'étudiants les traversent pour rejoindre leur faculté.
Il émane de cet arc une paix et une autorité étonnantes. Devant lui, on se sent à la fois petit et étrangement rasséréné. On s'incline devant l'auguste langage de la pierre mordorée.
Dans la ville, les invasions et les occupations se sont succédées, amenant impulsions et ravages. Les révolutions sont passées. Des industries sont nées et ont douloureusement disparu. Aujourd'hui, la maison natale de Victor Hugo exhibe fièrement ses attributs à quelques mètres de la porte. Les rues du quartier sont besogneuses et animées. Chaque jour des centaines d'étudiants les traversent pour rejoindre leur faculté.
Il émane de cet arc une paix et une autorité étonnantes. Devant lui, on se sent à la fois petit et étrangement rasséréné. On s'incline devant l'auguste langage de la pierre mordorée.
1 juil. 2018
Vivre : les 400 coups
Jadis, si je me
souviens bien, on disposait de : donc, de ce fait, par conséquent, en
conséquence, subséquemment, c’est pourquoi, partant...
Comment le phénomène est-il arrivé ?
D’un coup, il me semble.
Il y a deux ans à
peine, j’avais été frappée par cette stagiaire, qui, dans les moments où elle
devait argumenter, justifier des options délicates qu’elle avait été amenée à
prendre, expliquer des situations complexes, se prenait à formuler "du coup" à tout bout de champ, sémantique ou lexical. Plus l’explication se révélait alambiquée et
plus elle mettait des "du coup" dans le coup.
L'expression semble à présent faire des
ravages, et l’épidémie paraît se propager plus particulièrement dans certaines
régions. L’autre jour, nous en avons eu notre dose. Cela a commencé par une
serveuse, à laquelle nous avions posé une simple question concernant l’origine
d’un vin. Pour nous répondre, elle n’a pas employé moins de six "du coup" à la chaîne, n’hésitant pas à en placer trois dans la même phrase. Puis, dans
les magasins, à la moindre question (concernant une étoffe, un fromage ou une heure
de fermeture), nous avons eu droit à des avalanches d’explications, qui
semblaient devoir toutes recourir à la formule "du coup" pour tenir
la route.
Impressionnés par ces tics
à profusion, nous avons tiqué et à force de tiquer, nous avons fini par nous marrer. Ne sachant
trop comment répondre du tac au tac, nous avons surenchéri du tic au tic (jusqu’à
saturation).
Au bout du compte... sans aller jusqu'à la claque, je me
pose quand même la question :
Si l’on peut soigner les
TOC, pourrait-il en aller de même pour ce foutu tic ? L'espoir est permis, d'autant plus que la langue, on le sait bien, a ses usages et ses tendances. Tout passe, tout lasse. Bientôt ce connecteur barbant ne sera plus dans le coup.
Du coup... patience !
Du coup... patience !
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