11 nov. 2018

Voyager : prêter attention


Padova / via San Francesco

Dans les villes de la plaine du Pô,
rester toujours sur ses gardes, car
le danger est souple, alerte et surtout : 
terriblement silencieux.

6 nov. 2018

Vivre : Still life / 54





Le contenu de cette boîte me sauve régulièrement la vie
 (et sinon la vie, du moins sa qualité)
La migraine s’invite toujours à l’aube après un voyage aller.
Jamais au retour, quelles que soient la fatigue et les difficultés.
A défaut de dissiper cet épais mystère,
les comprimés savent dissoudre mes céphalées.
Ibuprofène chéri, toujours blotti sous mon premier oreiller,
avec toi, les vacances peuvent vraiment commencer.



5 nov. 2018

Regarder : des rencontres enchantées


Visitation / Giotto / Chapelle des Scrovegni / Padoue

La Visitation désigne, dans l'iconographie chrétienne, la visite que rendit Marie, future mère du Christ, à sa cousine Elisabeth, enceinte de saint Jean le Baptiste. Extrait de l'Evangile de Saint-Luc : 

"En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers le haut pays, dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth. Or, dès qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie du Saint Esprit. Alors elle poussa un grand cri et dit : « Tu es bénie entre les femmes, et béni le fruit de son sein ! Et comment m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car, vois-tu, dès l'instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein. Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur !"

Ce thème a été beaucoup traité en peinture durant le Moyen Age et la Renaissance. Il y a comme un émerveillement à voir ces deux femmes tomber dans les bras l'une de l'autre dans un élan d'amour et de solidarité. La Visitation de Giotto est empreinte d'une grâce inouïe et représente parfaitement ce qu'est une Rencontre : deux regards, deux âmes et deux corps aimantés. 
Et puis, il y a la Visitation de Pontormo, si noble, si colorée, si vivante, inspirant Bill Viola, lorsqu'il a réalisé "The Greeting" en 1995 pour la Biennale de Venise. Le sujet actualisé, conçu comme une scène de rue. A chaque nouvelle Visitation, l'enchantement se renouvelle et c'est comme si Marie et Elisabeth se retrouvaient pour la première fois.




4 nov. 2018

Lire : le projet bonheur




Curieusement, le moment de la rentrée littéraire n’est pas propice chez moi à de stupéfiantes découvertes et des coups de foudre. Dans le grand choix des librairies, il y a trop de choix. Souvent, dans ce large éventail je ne trouve rien qui m’aille. J'ai donc déniché avec bonheur l'autre jour ce bouquin sans prétention, mais léger, drôle et instructif tout à la fois.

Un couple de Britanniques s’en va passer une année dans le Jutland, au nord du Danemark. Il est engagé par la maison mère de Lego. Elle est journaliste et, pour franchir le pas, elle a démissionné d'un poste enviable dans la presse féminine (par la même occasion, elle s'est défaite d'une vie trop soumise au stress londonien, aux exigences de sa carrière et à des traitements pour la fertilité aussi pesants qu'infructueux).

Abandonnant l'effervescence d’une grande métropole, Helen Russel s'installe en pleine campagne, au bord de la mer. Elle se lance dans une activité en free-lance et se propose d'investiguer sur le bonheur, thème tendance s'il en est, dans ce pays réputé pour son haut BNB*.

Mois après mois, elle relate ses expériences d'expat et son intégration progressive au pays du design, des smorrebrod et l'égalitarisme forcené. On découvre les côtés enviables de la vie danoise (le hygge, la flexibilité du travail, les prestations sociales élevées, les budgets consacrés à l’éducation) et les côtés moins attractifs (un appel à la conformité assez marqué, le tri des déchets et le Dannebrog (drapeau national) faisant tous deux quasiment l'objet d'un culte, les statistiques de violences faites aux femmes étonnamment élevées).

H. R. est une journaliste aguerrie, qui fournit une enquête sociologique bien documentée et sait esquiver la plupart des clichés. Comme elle ne manque pas d’humour et d’autodérision, le livre se lit comme un roman. A la fin de chaque entretien, les Danois qu'elle interviewe sont invités à mesurer leur état de bonheur sur une échelle de 1 à 10. Les résultats sont - on s'en serait douté - très élevés. La moyenne est d'environ 9. Ce qu'il manque en général à ces gens hyper protégés en matière de santé et d'assurances sociales : trouver la ou le partenaire de vie idéal.

Comme toujours, la confrontation à une autre culture offre des pistes pour vivre de manière plus saine. L'accueil réservé aux enfants danois dans les garderies et les écoles a de quoi faire rêver. Tout est mis en place pour favoriser carrière et maternité. De plus, dans le milieu professionnel, les Danois ont un jugement très sain. Voici comment on considère là-bas les attitudes sacrificielles au boulot : "Ne tolère pas le présentéisme. Si quelqu'un joue les martyrs en restant tard au boulot ou en travaillant trop dur, il a des chances de trouver sur sa table une brochure sur l'efficacité ou la gestion du temps au travail plutôt que la compassion de la part de ses collègues."

J’adore le Danemark, mais à vrai dire, cette lecture ne m’a pas vraiment donné l’envie d'y résider. Un pays très normé où l'on risquerait facilement de s'ennuyer, me semble-t-il... En revanche, cela m’a fait réfléchir sur ce sujet du bonheur dont les médias aiment tellement s'emparer. Peut-on mesurer le bonheur ? De quel bonheur parle-t-on ? Qu'est-ce qui entre dans les paramètres quantifiés : les prestations accordées aux citoyens, le temps dévolu aux loisirs, un état d'esprit ouvert et décontracté ? La sécurité suffit-elle au bonheur ou en est-elle seulement une condition? Les recherches sur ce qui nous rend heureux ne seraient-elles pas destinées à nous faire davantage consommer ?

Le bonheur ne se définit pas aisément. Il comprend trop de paramètres subjectifs et personnels pour qu'il soit aisé de le cerner au moyen de concepts et de statistiques. Alors, en refermant le livre, m'est venue l’idée de réaliser un collage. Faire appel à tout plein d’images, d'expressions, de dessins pour symboliser cette notion volatile, passagère, impalpable que tout le monde cherche, dont tout le monde parle sans pouvoir vraiment affirmer l'avoir rencontré. 

Au fond, le bonheur pourrait-il être cet état silencieux et magique qui se tait obstinément au cœur de nos vies tandis qu'on s'agite pour le débusquer ?


* Bonheur National Brut

3 nov. 2018

Vivre : souvent, ciel varie







Ici, la météo dit bleu, dit éclaircie.
La météo dit pluie, dit nuit.
La météo se ravise, se contredit.

2 nov. 2018

Vivre : la bonne conduite


ritratto di dama / pittore lombardo / musei civici / pavia

C'est quand un second automobiliste m'a fait à son tour un appel 
que j'ai enfin compris et que, levant la main, j'ai démarré,
soulagée qu'on ait saisi mon manque de visibilité.
Et l'homme vérifiant mes pneus, et les piétons souriants, et les conducteurs indulgents.
C'est pour ces minuscules détails qui font le sel de la vie que j'aime vivre ici.
Ici, c'est donnant donnant, gagnant gagnant, ici les gens ont tout compris.

1 nov. 2018

Vivre : abécédaire


bildnis eines jungen Mannes / Francesco di Cristofano / Gemäldegalerie / Berlin

Il est mon alpha et mon omega (mais aussi parfois : mon gros bêta)