7 oct. 2020

Vivre : ouvertures

 

 
Une période où l'on expérimente la restriction des possibles. De tous les possibles. Où, plus que jamais, l'attention doit être présente pour saisir tout ce qui est en train de nous échapper, tout ce dont nous sommes susceptibles d'être privés.
Une période où tout doit être tourné vers l'ouverture : les regards, les projets, les modalités. Envisager de nouvelles recettes, de nouveaux trajets, de nouvelles stratégies pour rendre aux possibles leurs possibilités.
Une période où l'on doit à la fois se rendre conscients de ce que l'on est en train de perdre et tendus dans l'effort pour regagner.
 

6 oct. 2020

Vivre : les catégories

  
Nature morte (détail) / Pieter Claesz / Rijksmuseum / Amsterdam

Comment leur expliquer, à tous ces gens qui hiérarchisent et qui cloisonnent, que nettoyer avec soin les carrelages de sa salle de bain, ou réaliser un gâteau hollandais, avec des pommes soigneusement choisies au marché, ou écrire un texte, ou sortir brusquement de sa voiture dans le vent glacé pour photographier, ou préparer un voyage, ou lire un ouvrage réputé, ou regarder un ver de terre, observer une lumière, écouter intensément une émission (ou quelqu'un), ou méditer, ou discuter, ou négocier, ou accompagner, ou gagner de l'argent ou patienter sur un quai de gare, ou coordonner, gérer, ou simplement préparer le riz du déjeuner, que tout cela est profondément relié et que rien n'est plus important, ou plus élégant, et que rien n'est misérable, ou méprisable, ou inutile et que, oui, on estime autant le geste de briquer que celui de composer, dans la suite des jours, et des heures, et qu'il n'y a pas d'activités vaines ou d'heures creuses dans cette vie qui va, comment leur expliquer ?

5 oct. 2020

Vivre : le transitoire

 


 

C'est ici où je peux le mieux réaliser que tout (absolument tout) n'est que passager.  


4 oct. 2020

Vivre : faux départ

 
Autoportrait / E. Delacroix / Musée des Beaux-Arts / Rouen
 
Il dit : On va faire avec. Y a pas mort d'homme. Il dit qu'il est fatigué, que ce voyage, il en avait grand besoin. Il dit d'un air découragé qu'il n'a plus envie de rien. Il dit qu'il s'est beaucoup donné, ces dernières semaines, ces derniers mois. Il dit qu'il aurait bien aimé retourner quelques jours là-bas.
La vie, c'est parfois comme on veut, c'est souvent comme on ne voudrait pas. Les pandémies, les intempéries, les routes coupées, les sens interdits. La vie, c'est parfois contrariant, c'est parfois du soleil ailleurs que là où l'on va, c'est comme un voile, gris et sale, qui empêche de voir tout ce qui marche autour de soi. 
Il se sent démuni, et même trahi. Il soupire, il raccroche. Demain, il suffira d'un rayon, d'un projet, d'une sollicitation, pour qu'il recommence de sourire à la vie. 
Parce que nous pouvons momentanément contrôler les choses, nous finissons subtilement par nous raconter des histoires sur la façon dont elles sont censées se passer. Les avions sont censés décoller et atterrir à l'heure, et mon vol n'est pas censé être annulé puisqu'il faut que je me rende là où je suis censé me trouver pour telle ou telle raison à un horaire précis (percevez-vous l'empressement et l'égocentrisme que traduit cette façon de penser ?). Les gens sont censés être fiables et respecter leur parole, en particulier avec moi. Les investissements sont censés être rentables. Les enfants sont censés être en sécurité. Nos corps sont censé rester en bonne santé si nous mangeons sainement et que nous faisons de l'exercice.
Plus les choses vont dans "notre sens", plus nous sommes enclins à penser que c'est le sens dans lequel elles sont censées aller. Et, quand elles ne vont pas dans "notre sens", ce qui arrive tôt ou tard, nous nous mettons en colère, nous sommes déçus, déprimés, anéantis, tout en oubliant qu'il n'était pas "censé" y avoir de sens du tout. Notre vie ne se déploie quasiment jamais exactement comme nous le pensons, le prévoyons ou le désirons.        John Kabat-Zinn, L'Eveil des Sens, p. 412



3 oct. 2020

Vivre : des murmures dans la nuit

 

 Quand les derniers feux s'éteignent là :

d'autres grésillent ailleurs...



notre conversation se consume lentement
laissant place à de rares mots susurrés,
des secrets que les arbres ont promis de garder...



2 oct. 2020

Vivre : clairs-obscurs

 





 
Soudain, au matin, le vent turbulent qui avait sévi depuis la veille s'assagit, comme par magie, 
laissant place à un soleil frétillant, on aurait dit le printemps, et, chose curieuse,
 le réverbère se mit alors à projeter de l'ombre sur la façade de la noble demeure,
fort bien conservée malgré le poids des années, que nous nous apprêtions à visiter.
 
 
A l'intérieur, ô surprise, nous fumes accueillis par le soleil, plaisantin, bout-en-train, 
lequel, nous voyant un brin décontenancés, s'est montré tout prêt à nous éclairer...

 .  


1 oct. 2020

Vivre : les affinités relatives

 

L'épouse de Jörg Fischer / Hans Holbein le Vieux / KHM / Bâle
 
La femme allait et venait, entre formules toutes faites et passages obligés, épandait des propos vains, dispersait son glucose à tout va. Regardant cette serial shoppeuse chercher à faire du chiffre avec du matériel humain, s'attirant des amitiés factices, recherchant des affections de façade, on se demandait quels fondamentaux besoins elle cherchait à combler. On visualisait un gouffre, un cratère immense. On ne pouvait s'empêcher d'imaginer la tristesse de ses couchers.