7 déc. 2021

Vivre : maladresses

 
Portrait de famille (détail) / Cesare Vecellio / env. 1540 / Musée Correr / Venise

Comme une pluie drue sur la neige à peine tombée, la parole imbécile sur la joie de l'enfant et sa belle ingénuité.

6 déc. 2021

Vivre : déclarations et autres obligations

 
 
Non, non, non, ciel, mon beau ciel, cesse tes pitreries - finies les facéties - arrête de faire ton intéressant : j'ai aujourd'hui une longue liste de choses à accomplir, qui ne peuvent pas attendre, des choses fastidieuses reportées depuis trop longtemps, qu'il s'agit de finir, qui t'ennuieraient à mourir, alors cesse de me distraire. Pas question de voltiges, ni de rêveries, pas question de vertiges et d'emportements, pas question d'être dans la lune ou dans le brouillard. Aujourd'hui, ô misère, il faut s'atteler à des démarches très terre à terre.

5 déc. 2021

Vivre : luxes

 
Peinture Pompei / Museo Archeologico Nazionale / Naples
 
La fille, une jeune femme peut-être, penchée, un genou à terre, s'était accroupie entre deux rayons. De son étrange bonnet en laine sortaient de longues mèches blondes, très blondes qui tambourinaient comme des baguettes sur ses épaules. Elle restait songeuse et absorbée, toute à son affaire, négligeant tout ce qui autour d'elle aurait pu la distraire. Elle avait rassemblé devant elle, dans un grand panier, des boules de toutes les couleurs. Elle les considérait, pensive, les comparait, manifestement désireuse de trouver un assemblage du meilleur effet. Dans son attitude, bambine un peu solitaire,  quelque chose de doux et de déterminé. Dans sa silhouette, rêveuse écolière, quelque chose évoquant des jeux perdus qu'on voudrait retrouver. 
Le magasin n'était pas bon marché : il devait y avoir l'équivalent d'une bonne journée de travail dans le panier. Mais le luxe de la fille ne résidait pas dans ces parements. Son luxe, c'était le temps qu'elle se donnait, cette présence à ce qu'elle faisait, cette attention à ce qu'elle voulait parfaire (une déco d'anniversaire ? un arbre de Noël ? une fête particulière ?). Son luxe résidait là, dans sa bulle de bonheur, dans ce moment tout à elle que rien ni personne ne pouvait lui soustraire.
 

4 déc. 2021

Voyager / Vivre : l'esprit d'un lieu

 

Il y a des lieux paisibles, des lieux où l'on revient, et on a besoin d'y revenir, c'est indispensable : on s'y sent terriblement bien. Comme une fracture dans la suite des jours, comme un interstice dans l'enfilade des moments ordinaires. Tout à coup, on respire autrement, profondément, à pleins poumons, une paix étrange nous envahit. On se demande : à quoi cela tient-il ? Quelque chose dans l'air ? Quelque chose que notre corps au travers de toutes ses fibres peut identifier, mais que notre mental balourd peine à expliquer ? Quelque chose qui peut remonter à des centaines, des milliers d'années. On reste pensif tout en admettant ce mystère. Dans ce lieu autrefois quelque chose a pu se dérouler, un fil invisible nous relie à une histoire que nous ne connaissons pas. Quelque chose nous dépasse et nous laisse sans voix. Nous restons en silence écouter les pulsions légères, de plus en plus légères de notre respiration. On ne sait pas pourquoi. On ne saura jamais. Tout ce qu'on sait, c'est qu'on reviendra. On fera des kilomètres - peu importe - pour retrouver cet endroit.

3 déc. 2021

Vivre : cueillir le jour

 

Se lever au matin après la tempête. Observer au loin les nuages épais. Entendre le vent hurler,
un oiseau se lamenter, un camion refusant de démarrer. Et le froid pénétrant le moindre interstice. 
Saisir la roseur d'un moment passager. Un seul instant, fugace, incontournable, à ne pas manquer.


 

2 déc. 2021

Vivre : les conclusions de l'enquête

 

Levant les yeux, je repensais à ce que je lui avais dit : "Il croit qu'on a assassiné son fils, il voudrait tant que cela lui soit prouvé, parce que cela allègerait son immense sentiment de culpabilité". Toutes les morts de ceux qu'on aime sont cruelles et génèrent une sensation de responsabilité, mais celles que certains ont choisi de se donner déchirent et culpabilisent de manière décuplée.
Dans le silence qui a suivi, il y avait de la peine, une immense peine pour cet hiver si violent, pour ce père privé de son enfant, pour tous ceux qui perdent intensément et ne peuvent se résoudre au fait que plus rien, jamais, ne sera comme avant.  
 

1 déc. 2021

Vivre : Still life / 107

 

Samedi dernier, l'émission 28 minutes sur Arte accueillait la nouvelle secrétaire générale d'Amnesty International, la tenace Agnès Callamard, nommée en mars dernier. Celle-ci a eu le mérite d'élever le débat, et dieu sait si la télévision en a besoin, même quand elle se veut consciencieuse dans sa mission d'informer. 
Quand on lui a demandé s'il lui arrivait d'avoir peur en recevant des menaces, A.C. a répondu : "Je n'ai pas peur. Je n'ai pas peur parce que je suis privilégiée. Je n'ai pas le droit d'avoir peur, quand on voit ce que d'autres font qui sont sur la ligne de front". L'ONG qu'elle dirige a le mérite de lutter, jour après jour, et en nous invitant à ne pas abandonner aux oubliettes une multitude de personnes profondément estimables, elle nous invite aussi à ne pas oublier nos privilèges, nos immenses privilèges, perçus trop souvent comme allant de soi. 
A l'approche de Noël, ces lumières : des présences toujours plus nécessaires.