31 déc. 2019

Regarder / Lire : les mots de l'indicible


Presque tout ce qui arrive est inexprimable et s'accomplit dans une région que jamais parole n'a foulée. Et plus inexprimables que tout sont les œuvres d'art, ces être secrets dont la vie ne finit pas et que côtoie la nôtre qui passe.
R.M. Rilke / Lettre à un jeune poète / 17.02.1903

Impossible de terminer l'année sans lire quelques passages de Rilke. Hors du temps et des modes, il sait dire à la fois la douleur ET la douceur des choses. Mais il y a un temps pour tout et il y a un temps pour Rilke : celui des heures qui s'écoulent tandis que l'année tire paisiblement vers sa fin.


Voyager : affluences et divergences



Photographies sur le site des Usines Fagor / Biennale Lyon 2019

Grisailles et fureurs, hurlements et moteurs. Lacérée par des routes implacables, saturée de contrastes et manquant cruellement de grâce, la métropole semble malade de décembre. Des signes indécents de richesse côtoient la misère lasse de ceux qui font tache. Des urbains chics croisent les chiens rageurs des débarqués de la croissance. Les sièges classieux des multinationales s'exhibent pile en face des autos dortoir et des caravanes crasses. Les vigiles harnachés assument des allures de chiens policiers. Perturbations atmosphériques, trafics incessants, instabilités électriques. Sous l'A7, l'attente misérable de deux filles en latex, glacées de froid, peut-être d'effroi. Sur les trottoirs, des rendez-vous de covoiturage, des prénoms pour un moment de partage, des sacs Tati transvasés, des canettes abandonnées. Un homme pisse contre une porte blindée. Une péniche garde les marques de festivités branchées.
Le Rhône rattrape l'autoroute, il se dépêche. La Saone le rejoint en charriant ses eaux beigeasses. Indifférent à tout ce tintamarre, le musée s'élève, clinquant, domine cette confluence, lieu de toutes les divergences. C'est dimanche, c'est jour de croisements et de terne effervescence. Les voitures déchirent incessamment l'espace où la culture tient à prendre sa place. Imaginer Picasso à la Sucrière, quitter sa zone de confort pour atteindre les friches des Usines Fagor. Ne pas se prendre à rêver à un monde meilleur, plus tendre envers tous ses habitants. Ne pas s'attarder, avancer vers la biennale, aller voir comment les artistes conviés reflèteront toute cette pagaille.


30 déc. 2019

Voyager : une madone, un chat, des pas




Dans l'église de Pérouges, un chat, entre le bœuf et l'âne, se délectait à jouer les Jésus vivants.
Les pas se faisaient lents, entre deux chuchotements. On entendait crisser la poussière du silence.
Dehors, circulait un rare apaisement. Tout le monde - pas grand monde en fait - allait lentement,
allait de pierre en pierre, suivant ses repères, suivant son fragile bonheur, imperturbablement.



29 déc. 2019

Vivre / regarder : paysages choraux



La balade est toujours la même, c'est l'humeur des nuages, ou la mienne, qui varient de fois en fois. Aujourd'hui, impossible de ne pas penser à ce peintre d'une sublime humilité, un type qui ne devait pas beaucoup se pousser du col et qui suivait sa route, indépendamment des modes et des sillons que d'autres se traçaient vers leur impressionniste renommée : mon vénérable, mon très estimable Corot.

Une matinée. La danse des nymphes / J-B C Corot / Musée d'Orsay / exposition Corot au musée Marmottan en 2018

28 déc. 2019

Vivre : les désirs sont des messagers


David Leeuw et sa famille (détail) / Abraham van den Tempel  / Rijksmuseum / Amsterdam

Ne jamais prendre ses désirs pour des banalités!

 

27 déc. 2019

Vivre : se dessiner un lendemain






Balade à Berne. Sur les pavés, voici qu'on croise :  
Un individu portant anorak et chevelure turquoise.
Un attroupement nippon fixant la tour de l'horloge.
Des piaillements impertinents dans les branchages. 
Des enfants récalcitrants autour des boules rouges.

Assis sous les arcades, fusain à la main : un homme.

Penché, absorbé, il dessine. Indifférent aux vitrines,
aux espoirs désenchantés d'un Noël trop claironné,
trop vite évaporé, il se trace des courbes placides.
Il observe et il esquisse, loin des soupirs inutiles,
la rue qui serpente vers des possibilités uniques.

26 déc. 2019

Vivre : des anges à ma table


Archange Baraquiel (détail) / Bartolomé Romàn / Dépôt du Musée Prado / Museu de Mallorca /  Majorque

Il m'arrive parfois de penser à cet ange fabuleux, qui veille depuis si longtemps à mes côtés, avec brio et ténacité, qui cette année encore m'a permis de me tirer de pas mal d'affaires. J'ai longtemps cru que je ne croyais pas aux anges, mais je sais que cet être-là, cette réalité-là, que je ne saurais nommer autrement, a droit à mes sincères remerciements. Tous les jours des gens partent, des espoirs se fracassent, des arbres pleurent. L'ange a permis à l'enfant de six ans que j'étais de rester bien vivante. Ce n'est pas rien, de garder en soi, toujours vivant, un enfant de six ans.
Accompagnée d'un ange gardien qui ne ménage pas sa peine, aller de l'avant, pour explorer encore et encore, la vie et ses étonnements.
Et puis, penser aussi à ces êtres merveilleux, anges bien tangibles, que votre trajectoire vous permet de croiser, certains matins, ou certaines nuits noires. Ils sont là, ils répondent présent et quand ils s'en vont, ils laissent dans leur sillage un parfum  de confiance et de réassurance.
A tous les anges, ma profonde reconnaissance.