30 avr. 2021

Vivre : débordements

 
Drop / Tom Shannon / 2009 / Chateau Lacoste / Le Puy-Sainte-Réparade
 
 
Si infime, si petite, et pourtant, incroyable, le pouvoir de la dernière goutte sur le vase. 

29 avr. 2021

Vivre : has been

 
Portrait de femme / École vénitienne XVIe s. / MBAA / Besançon
 
Elle se sent usée, asséchée, limitée, et donc frustrée. Elle rabâche, elle se répète, elle se raccroche à ce qu'elle a été. Elle se voit vieille, mais ça n'est pas une question d'années. C'est une question de cœur, d'allant, de vitalité. Elle s'imaginait actrice, créatrice, terre de fertilité. Mais le rideau de ses espérances semble définitivement tombé. Elle compose tant bien que mal son présent, se projette trop souvent au conditionnel, et se conjugue de plus en plus à l'imparfait. Elle voudrait encore gagner, être capable de griffer, elle se verrait bien triompher. Elle inspire juste de la pitié.

28 avr. 2021

Vivre : l'échange

 
Two Mothers (détail) / Franz Straké / Rijksmuseum / Amsterdam
 
En ce dimanche soir, elle traverse le parc qui mène à la gare. De dos, sa silhouette apparaît gracile, avec un je-ne-sais-quoi d'évanescent. Elle pousse un landau tout en tenant par la main une blondinette qui semble avoir tout juste cinq ans. Il y a quelque chose de découragé dans sa démarche. Son dos se révèle légèrement penché, ses épaules à peine affaissées, ses pas un rien hésitants.
Sur l'esplanade devant les quais, la petite fille s'élance soudain vers un homme d'une trentaine d'années, aussi costaud que la femme paraît fragile, aussi rougeaud qu'elle semble pâle, aussi terre-à-terre qu'on la voit aérienne.
L'enfant sourit. Les adultes se font face et échangent à propos d'un sac que la femme a apporté. Finalement, l'homme décide que non, ce contenu il n'en aura pas besoin. L'enfant sautille en disant au revoir, elle part main dans la main avec le parent retrouvé. Ils font la course, elle va gagner.
La femme rebrousse chemin, son landau à bout de bras. Son ombre tremble sur le trottoir. On ne sait rien de son visage, de son regard. On les imagine éteints, tandis qu'elle s'efface, absorbée par les gens pressés de prendre leur train.


27 avr. 2021

Vive / Habiter : peindre ou rêver

 
 

Quand nous avons gravi pour la première fois le chemin qui mène ici, c'est la maison d'un peintre que nous avons visitée. J'ai pensé : l'endroit idéal pour se mettre à créer. Quand les ouvriers ont commencé à creuser les fondations, j'ai décidé : j'allais acheter des toiles et des tubes et j'appliquerais d'épaisses couches de gouache depuis la terrasse.

Puis le temps a passé. Aucune peinture de paysage, pas même une ébauche. Aucune huile, aucun pastel, aucune aquarelle où mes pinceaux soient allés se plonger pour rendre l'eau et le ciel. Rien. Rien que mes yeux absorbés et du temps passé à regarder. A satiété.
 






26 avr. 2021

Vivre : les attraits d'une ville

 

Ville de Sienne (détail Allégorie du Buon Governo) / Ambrogio Lorenzetti / Palazzo communale / Sienne

 
Hier, la ville chère à mon cœur, inondée de lumière, frémissait comme jamais. Elle avait ouvert ses terrasses à une foule bigarrée, calme, respirant le bonheur d'être au monde. Gestes barrières, port du masque, gels et traçages, tous les comportements avaient été intégrés pour profiter de cette harmonieuse journée. 
Ces derniers temps le besoin de rencontres et de réunions avait donné lieu à toutes sortes d'innovations : des réchauds à gaz déposés sur des couvertures pour savourer un véritable petit déjeuner sur l'herbe dans les parcs luxuriants. Des picnics urbains, des grillades sauvages, des parties de badminton, de pétanque, mille manières de réinventer ces restaus et ces loisirs qui nous manquaient. L'envie de vivre explosait de toutes parts comme ces touffes d'herbe qui fendent l'asphalte et ne peuvent se résoudre à être emprisonnées.
A quoi tient l'attrait de la ville? me suis-je demandé en bonne villageoise devant mon espresso bien serré. Au fait de savoir qu'il existe des gens, d'autres gens, une multitude cosmopolite et variée en train de vivre et qu'on peut voir s'éclater ? Au fait de pouvoir consommer ? La ville serait-elle essentiellement un lieu de consommation (de spectacles, de biens, de restauration) ? Au fait de permettre les rencontres, les connexions, les échanges ? Ou encore d'émettre des notes et des mots, des chants et des cris ?
Oui, sans doute un peu de tout cela.  Mais en humant l'air de la ville animée on ressentait quelque chose d'essentiel, une énergie, un élan vital, quelque chose qui faisait vibrer toutes les cellules des organismes concernés. Et tout vibrait, effectivement : les étals et les musiciens sur le marché, les enfants qui s'aspergeaient aux fontaines, le ballon rouge qui avait dû s'évader d'une fête, un mariage qui se faisait photographier.
Comment décrire cette vitalité, cette joie électrique ? On peut le décrire en négatif, en songeant à tout ce qui a manqué. La ville avait été une ampoule éteinte que tout le monde avait besoin de voir se rallumer. On peut le décrire en positif : la vie est un courant d'eau claire, que rien, rien, pas même un virus, ne peut arrêter. La vie est plus forte que tous les interdits et l'a toujours été.

25 avr. 2021

Vivre : derrière un kleenex

 
Sculpture / Parc parisien / Les Tuileries (?)
 
Il y a des relations, comme des bibelots fêlés, des cardigans fatigués, des bouquins emportés impulsivement, qu'on garde par loyauté envers le passé. Qui nous font nous retourner, vers ce qui était, mais qui n'ont plus vraiment de fonction au présent. Il y a des relations, coquilles vides maisons désertées, qui exigent une décision, qu'il s'agit d'abandonner prestement, pour mieux aller de l'avant.

24 avr. 2021

Vivre : écouter (vraiment)

 
Madone entourée de quatre anges (détail) / Pinacothèque / Sienne

 
Le manque d'attention : un manque de respect qui ne dit pas son nom.