28 déc. 2021

Vivre / voyager : en disponibilité

 

Besoin de changer d'air, besoin d'embarquer quelques affaires (et le chien et son maître)
Besoin de cette lumière venue à manquer, que seuls les ciels du Sud savent donner.
Veiller à suspendre sur les branches aux mésanges des graines en suffisance.
Oublier quelques tracasseries, les laisser se dessécher en broutilles sans consistance.
Oublier la technologie, oublier l'heure, oublier de lire et oublier naturellement de répondre.
Discerner tous les possibles, me rendre accessible, disponible à d'autres réalités.
Quitter le lac pour me baigner dans ce que l'ailleurs voudra bien m'accorder.

27 déc. 2021

Vivre : la transmission

 
Entrée du teatro olimpico / Vicenza

Une des choses les plus ardues : donner ce qu'on n'a pas reçu.

26 déc. 2021

Lire : se laisser emporter

 

Quand on aime quelqu'un, ses défauts nous demeurent inconnus, comme s'ils étaient des pleins s'encastrant parfaitement dans nos creux, mais sans amour, tout le monde est invivable. [p.161]
 
- Exact, exact, Liv Maria. On ne devine rien. On finit simplement par comprendre. Mais ça nous demande un temps infini.
Il avait bu une gorgée de vin du gobelet en plastique qu'il tenait à la main, puis :
- Parce que les gens murmurent - les gens se trahissent, ils commettent des erreurs, ils croient dire que qu'ils disent et taire ce qu'ils taisent, mais bien sûr ils font l'inverse, à leur insu. Les gens murmurent, ils parlent avec leurs cils qui battent, avec leurs oreilles qui rougissent, avec leurs fautes de frappe, et nous les lisons à livre ouvert, à notre insu. Les gens murmurent, et nous les entendons, mais le message est parfois si clair que nous cherchons des complications. Pourtant, dans ce que nous taisons en croyant le dire, ce que nous disons en croyant le taire, nous sommes dans notre vérité, d'un coup. [p.183.184] 
 
 
Julia Kerninon est une conteuse. Elle a un réel talent pour embarquer ses lecteurs dans des aventures invraisemblables et les tenir en haleine jusqu'au bout de ses histoires. Ses romans ont quelque chose d'étrange : on y entre un peu à reculons, on se méfie de leurs trames mélodramatiques, aux accents lyriques et terriblement romantiques.  On se dit qu'on ne se laissera pas faire, qu'on restera critique et analytique. Mais... c'est compter sans le charme enveloppant de ces trajectoires incroyables. On commence et, très vite, on se retrouve en train de tourner avidement les pages. Comme on visionnerait une œuvre cinématographique, on imagine les paysages, les personnages, les décors (ici, on trouverait comme une analogie avec certains films de Jane Campion, une sorte de "Leçon de piano" contemporaine). Malgré des scénarios improbables, tout devient possible (les drames, les coïncidences, la fougue des sentiments, les passions inextinguibles, les conflits insolubles, l'argent qui s'amasse et la réussite facile, les fuites et les disparitions). 
 
Oui tous ces thèmes feraient aisément de Liv Maria une héroïne de roman de gare. Mais... attention : si les livres de J.K. font penser à des romans de gare, ils allient savamment le kitsch et le chic. L'auteure donne preuve de qualités indéniables. Elle est manifestement dotée d'une solide culture littéraire. Elle sait déployer de belles phrases, dans un style élégant et ciselé. Elle sait aussi mener ses narrations tambour battant. Les coups de théâtre arrivent régulièrement et le final n'est pas décevant.
A titre d'exemple, on constate l'usage répété du conditionnel pour indiquer le futur, les événements à venir : Toute sa vie, Liv Maria ne pourrait que formuler des suppositions à ce sujet, parce qu'elle n'avait pas posé la question à sa mère. Pourquoi Berlin ? Les années passant, une autre question, plus troublante encore, viendrait se superposer à la première jusqu'à l'oblitérer. [p.44]
Un peu plus tard, au cours de terribles nuits sans sommeil, Liv Maria se rappellerait cette conversation comme elle se rappellerait aussi tout le reste et elle penserait : Je ne savais pas ce que je disais. Je ne savais pas. Je ne saisissais pas la sagesse de mes propos. Je ne savais rien.[p.61-62]

Face à des impressions contradictoires, on reste longtemps perplexe : mais qu'est-ce qui nous subjugue dans cette écriture particulière? J'avais parlé ICI d'un précédent roman que le hasard avait mis sur mon chemin. Ce qui séduit chez cette auteure, c'est sans doute que ses histoires sont plus profondes qu'elles n'en ont l'air. Ou plus désinvoltes qu'on ne voudrait le croire. Elle nous offre de la légèreté grave. Ou une gravité invraisemblable. J.K. apparaît comme une créatrice à mi-chemin : elle a quelque chose de plus qu'une auteure banale, et, en même temps, quelque chose lui manque pour qu'on la considère comme une écrivaine affirmée (peut-être une certaine profondeur, une certaine maturité...) 
Dans tous les cas, avec ce livre elle nous entraîne dans une lecture délectable, qui permet d'oublier cet hiver et ses contrariétés innombrables (en conséquence, vu les temps qui courent, on prédit à l'éditeur des ventes non négligeables).
 
Nous avons si souvent l'impression que nos mots ne sont pas à la hauteur de ce que nous voulons vraiment dire, pensait Liv Maria, que nous oublions que c'est parfois exactement l'inverse qui se produit - que dans la multitude des phrases que nous prononçons, certaines son plus exactes, plus précises, plus judicieuses que nous ne pouvons le deviner. [p.130]

Ah! j'allais oublier ... un résumé, évidemment. Voici : Liv Maria est une jeune femme née sur une île au large de la Bretagne, d'un père norvégien et d'une mère îlienne pourvue de quatre frères célibataires. L'histoire commence au moment de sa conception et s'achève avec sa disparition. Entre deux : des voyages, des amours (au long cours ou de passage), des aventures, une librairie et des lectures, et puis un "lourd secret" (selon la formule consacrée) qui sert de clef de voûte au roman, un lourd secret à vrai dire pas vraiment convaincant, mais... il faut absolument se laisser convaincre, il s'agit d'y croire si l'on tient à savourer cette jolie lecture jusqu'à la fin...

25 déc. 2021

Vivre : les mots pour l'écrire

 

Les vœux : tout un poème. Il y a ceux écrits au kilomètre. Et ceux écrits avec le cœur. Et ils ont beau la plupart du temps ne pas contenir plus de quelques mots, une ou deux phrases, on saisit d'emblée ce qui les a motivés. Une routine, un sentiment d'obligation ou alors un désir profond de partager avec des êtres peut-être lointains mais auxquels nous nous  relions.
Sur la terrasse, les merles, le rouge-gorge et les mésanges se pressent autour de leur branche pesamment décorée (sur laquelle on veille tout au long de la journée). Devant mon objectif, les arbres cabotinent un peu. Dans son message, A.M. a écrit : "Si j’arrive à écarter le voile de confusion créé par mes émotions et mes pensées, je vais bien, quoi qu'il arrive dans le monde." Cela me parle profondément. Dès lors, je la plagie : Écarter le voile de confusion. Garder intact l'amour de la vie. En douze mots, tout est dit.

24 déc. 2021

Vivre : monomaniaque

 



Oui, il est tout à fait possible que je sois affectée d'une manie, et complètement irrécupérable, mais moi, ce paysage hivernal, je ne m'en lasse pas. Il faut que j'y passe au moins une fois par jour (parfois deux, et ça peut même arriver trois fois). Je ne parviens pas à me trouver blasée de cette douceur. J'ai beau savoir que des démarches impérieuses m'attendent. Ou un rendez-vous inévitable. Ou une course urgente. J'arrive ici et je me sens bien. Dans mon axe. Je respire. Plus rien n'a vraiment d'importance, ou plutôt : tout retrouve l'importance qui lui revient. Parfois, je croise un renard. Ou une biche, ou un busard. Plus rarement : un humain, genre de spécimen assez rare. Parfois, je caresse un bois doré privé de son écorce, toujours surprise de sa douceur et de sa vulnérabilité infinie.
En bas, le monde s'agite et se presse, s'affronte et s'agace, s'envenime et s'entasse. Ici, le paysage s'élargit. On dirait qu'on vole, qu'on s'envole vers la Fête, ou du moins : vers son esprit.

23 déc. 2021

Vivre : sans rapport

 
Présentation de Jésus au temple (détail) / Giovanni Antonio Badile / coll. Prince Eugène /Venaria reale / Turin
 
 
 Trois phrases aujourd'hui ont capté mon attention :
 
La violence est le meilleur moyen pour faire perdre les causes les plus nobles. Boomerang / I Muvrini

Quelle place donnons-nous au déraisonnable dans notre vie ? Noburnout / Catherine Vasey

Parfois, il est préférable d'avoir de bonnes relations avec ses voisins que de défendre ses idées. Un paysan de la Drôme
 
Sans rapport entre elles, et la photographie non plus, mais l'ensemble m'a paru lumineux et stimulant.
 
 

Vivre : persévérer

 
La moissonneuse à la faucille / JBC Corot / MBA / Boston
 
"Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux." 
 S. Beckett 
 
Tout à fait normal de se tromper. 
Ne pas se décourager. Continuer.
Se tromper encore. Se tromper mieux. 
Céder à la crainte, voilà qui serait affreux.