3 nov. 2022

Vivre : virevoltes

 
Tête provenant du site de Sélinunte / Musée archéologique / Palerme
 
signe indéniable de vitalité : faire face à l'imprévu sans se démonter
autre signe : accepter les choses qui finissent et les laisser s'éloigner 

2 nov. 2022

Vivre : l'art de la créativité

Sainte-Justine / Luca Longhi / Musei Civici / Padova 
 
Pour celui qui crée, il n'y a pas, en effet, de pauvreté ni de lieu indigent, indifférent.
 R.M. Rilke

 Il y a ces gens, ces choses qui nous semblent suinter l'ennui
(dont les images ou les propos ne suscitent en nous aucun écho)
(visions lassantes de poussière, de dimanches qui s'éternisent)
Or... ces sujets privés de caractère et d'éclat ne viennent-ils pas
nous parler de notre incapacité abyssale à aiguiser notre regard ?

 

1 nov. 2022

Lire : mémoires

 
Sans titre (Nu) / Romain Urhausen / Arles 2022
 
J'ai tape le prénom et le nom de H sur Google. Les deux sont apparus en tête des occurrences avec une série de six photos. Quatre montraient des hommes jeunes, entre vingt et trente ans - à éliminer. Les deux autres étaient des photos de groupe. J'ai cliqué sur l'une des deux, celle en couleur, pour l'agrandir. Elle était issue d'un article de journal de province et précédée d'un gros titre : E et H célèbrent leurs noces d'or. C'était bien lui, le nom de la région et la localité ne me laissaient aucun doute.[...]
A le fixer, j'ai retrouvé la forme lourde du visage, le nez fort, qui me l'avaient fait comparer à Marlon Brando. Maintenant sur la photo, c'était le Marlon Brando du "Dernier tango à Paris". [p.101-102] 
 
Il y a deux semaines : l'annonce du Nobel décerné à Annie Ernaux. Relecture de "Mémoire de fille". Curieusement, j'ai repensé à H, cet homme qui ne l'avait ni comprise ni aimée ni respectée ni vue (dans le fond : ni imaginée). AE dit et répète qu'elle écrit pour venger sa race. Peut-être qu'elle écrit aussi pour venger son sexe. 
H connaît-il le travail d'AE ? Apparemment bien intégré, un notable, cet homme somme toute banal dans sa réussite, a-t-il lu le livre paru en 2018,  et si oui, s'est-il reconnu dans le personnage qui le décrit ? La distinction reçue par la fille de 58 est sans doute la plus sure vengeance contre l'indifférence, la cruauté, le cynisme de ceux qui sont dès le départ "installés". 
 
Comment sommes-nous présents dans l'existence des autres, leurs façons d'être, leurs actes même ? Disproportion inouïe entre l'influence sur ma vie de deux nuits avec cet homme et le néant de ma présence dans la sienne.
Je ne l'envie pas. C'est moi qui écris. [p.102-103]  
 
Un jour ou l'autre AE et H se trouveront chacun dans leur tombe. Mais ses livres à elle resteront à disposition des lecteurs. Le Nobel est venu dire qu'elle est une écrivaine, parmi les meilleures, et qu'elle a su faire de tous ses obstacles une arme : une œuvre littéraire cohérente et solide. Elle a transformé l'inacceptable en possible. Elle a gagné. C'est elle qui écrit. 
 
Mais à quoi bon écrire si ce n'est pour désenfouir les choses, même une seule, irréductible à des explications de toutes sortes, psychologiques, sociologiques, une chose qui ne soit pas le résultat d'une idée préconçue, ni d'une démonstration, mais du récit, une chose sortant des replis étalés du récit et qui puisse aider à comprendre - à supporter - ce qui arrive et ce qu'on fait.[p.105]
 
Juste "profiter de la vie" est une perspective intenable, puisque chaque instant sans projet d'écriture ressemble au dernier. [p.19] 

31 oct. 2022

Vivre : l'air du temps

 
Portrait de Madame Cézanne / Paul Cézanne / Musée Granet / Aix-en-Provence
 
Depuis qu'elle a atteint l'âge de la retraite, on entend de plus en plus souvent G. dire "Je n'ai pas le temps". Cela semble être la phrase à prononcer en toute circonstance. Elle se montre suroccupée et affiche un agenda de ministre. A se demander si ce sont les autres qu'elle tient à persuader ou elle-même. "Je ne sais pas.". "Je dois vérifier.". "Impossible avant six semaines."  On la voit courir, très pressée. Elle s'énerve à la caisse si quelqu'un compte sa monnaie, se dirige à pas cadencés vers la machine de scannage automatique, puis contrôle immédiatement ses notifications, renvoie via WA des tonnes de confirmations. L'autre jour, elle a lancé : "J'ai trop à faire, avec ces figues, ces raisins, ces coings!" (on s'est retenu de sourire).
Et pourquoi donc, alors que tous les mois on est assuré de recevoir suffisamment pour vivre, ne pas le prendre, ce temps, ce temps de vivre, justement ? Quel besoin de tout combler, quel terreur à juguler ? On voudrait l'inviter à regarder les brumes vaciller sur le lac rosi par l'automne, l'envol de quelque héron sur les rives tremblantes, la joie des chiens qui se rencontrent, et, suspendue, une feuille, une seule, dansant dans sa toile perlée, on voudrait, mais... impossible : elle n'a pas une minute à gâcher!

30 oct. 2022

29 oct. 2022

Ecouter / Regarder : tendre l'oreille entendre les étoiles

 

La rêverie est une réalité de nos esprits.
 
Fabienne Verdier parlait l'autre soir à L'heure bleue de l'exposition qui lui est consacrée au Musée Unterlinden de Colmar. Le titre à lui seul donne envie : Le chant des étoiles. L'artiste y donne à voir le résultat d'un long et obstiné travail, en résonance avec les chefs-d’œuvre de la Renaissance qui font partie de la collection muséale (dont le fameux Retable d'Issenheim, de Grünewald). Elle y présente aussi les fruits de sa réflexion sur la mort et les liens subtils qui circulent entre le vivant et le disparu. Une exposition comme un phare vers lequel on a hâte de se diriger.

Au cours de cet entretien dense, méritant une ou deux réécoutes, invitée par Laure Adler à parler des nuages, elle a évoqué ses projets :

Ma prochaine étape, je crois que je vais aller dans un grand institut de météorologie. Parce que toute l'essence de la vie est là, dans ces mutations, constantes, incessantes, l'éloge de l'impermanence, de l'inachevé.
Il n'y a rien que j'aime plus au monde que de m'allonger au sol et de regarder la mutation des nuages.Et dans notre imaginaire on a toutes les formes qui surgissent. C'est un jeu très amusant et très sérieux. Très très sérieux.

Une artiste forte, dotée d'une culture vaste et d'une authentique puissance créative, auteure d'une œuvre très personnelle, qui n'en finit pas de fasciner et d'introduire à des mondes pressentis, capable de nous éclairer sur une infinité de possibles. J'en ai parlé ICI, ICI et ICI.  Une artiste de l'exploration, du lien et de la communication qu'il est toujours aussi intéressant de lire et d'écouter que de contempler.

28 oct. 2022

Vivre : les points de référence

 

Comme nous pouvons nous tromper, parfois, et comme nous pouvons nous obstiner dans l'erreur, insister, persister, 
comme nous pouvons nous leurrer ! Et tout ce cheminement à rebours du bon sens, il faudra le refaire,
 il faudra mettre autant de détermination et d'énergie à remonter la pente que nous en avons mise à la dévaler.