5 oct. 2024

Voyager : la farmacia Dupre' à Rimini

 
Finalement, à la troisième tentative, nous avons trouvé notre médicament miracle. La pharmacienne nous a accueillis avec humour et biscuits. C'était une militante fervente. En sortant, nous avons découvert sur la vitrine une série d'affichettes, dont celle-ci :

Fais preuve d'humanité. Cet été ne pars pas sans lui.
Ne l'abandonne pas. Ne le laisse pas tout seul.
 
 
Sans toi ton mari ne pourra jamais s'en sortir.
 

4 oct. 2024

Vivre : des citrons pour ma limonade

 
Studiolo del Duca / Giuliano e Benedetto Da Maiano / Galleria Nazionale delle Marche / Urbino
 
Rentrer de voyage : tant de sensations, d'images
- tant d'horizons, d'illuminations, de visages -
Tandis que la valise se vide, l'armoire se remplit,
déversement de stimuli attendant les jours transis.

 

26 sept. 2024

Vivre : still life / 154

 

Signe indéniable du changement de saison : sur la table, sans transition, la tomate a été détrônée par le potimarron. Entre les deux légumes fruits, quelle révolution! Finies les salades sorties du frigo, les saveurs acidulées, les tranches enjolivées de pesto. La cucurbitacée s'est imposée en soupes, en gratins, en risottos. Pour se sentir revigorés, on la déguste en entrée, on la savoure rôtie dégoulinant de miel et de gorgonzola, on apprécie sa saveur de châtaigne avec thym et burrata. L'avantage de cette variété à longue durée, c'est qu'il n'y a rien à éplucher, on enlève les graines et on se contente de débiter. Dès lors, on en achète quantités qu'on disperse en guise de décoration : c'est beau, c'est coloré, ça met de la bonne humeur dans toute la maison.
 

25 sept. 2024

Vivre : donner du temps au temps

 

Le penseur / Auguste Rodin / 1903 / Expo Rodin/Arp Fondation Beyeler / Bâle
 
 
Quelle place laissée au corps et à ses propres ressources ? Quelle confiance en ses capacités de défense ? Quel temps accordé à nos propres rythmes et solutions pour nous remettre sur pied ?
Les pieds justement. J'observe ces jours-ci le travail lent de ma peau que l'eau des piscines vient chaque année agresser. Une fois les jours de baignades passés, les mycoses s'assèchent et s'en vont. Lentement. L'épiderme se renouvelle. La santé reprend ses droits et j'aime ça, la lente progression du corps sage qui se reprend.
En libre-service, dans les pharmacies, des kilomètres de remèdes aux mille maux susceptibles de nous affecter. Il y en a pour tous les besoins, tous les goûts et tous les prix. Nul doute : j'aurais pu trouver sur les rayonnages une crème miracle apte à régler mon problème d'un revers de la main. Mais la vue de ma peau saine gagnant peu à peu du terrain m'apparaît comme un petit miracle quotidien.
 

24 sept. 2024

Voyager : dans le silence des pierres

 

C'est un lieu qui nous appelle et à chaque retour quelque chose vient nous parler de souvenirs éphémères qui nous bercent et nous apaisent. Ce soir-là nous nous étions aventurés sur les pavés, dans un calme souverain, constellé de rares murmures et de faibles bruissements.


 
Peu sensible aux grands tracés noirs, tableaux qui scandaient les espaces, happés par l'esprit des lieux, nous avions parcouru les couloirs et les salles, longé les cloîtres et les allées, pris par un sentiment d'irréalité, tandis que le ciel se teintait de ce bleu pâle qui précède l'obscurité. 

Nous avons salué des ombres imaginant des événements passés. Une silhouette nous a souri qui se reposait face aux murettes et méditait les yeux perdus dans l'attente de la nuit. Nous nous sommes un peu égarés dans notre parcours fléché. Nous avons été touchés par la manière dont on nous a réorientés, les quelques mots prononcés, les perspectives susurrées.
 
 
Au moment de quitter les lieux, nous avons constaté que le renfoncement dans le portail était vide. L'homme qui l'année précédente s'y installait pour y trouver refuge avait disparu. Vers quel nouvel abri, nous sommes-nous demandé ? Son absence nous a un peu attristés. Nous avons nous aussi quitté la chartreuse assombrie, en catimini, comme deux chats attirés par d'autres lueurs dans la nuit .


23 sept. 2024

Vivre : a minima

 


Sans transition ou presque, voici arrivés le froid quasi sibérien des matins embrumés et la vague nostalgie des après-midis surchauffés. Le corps malmené par tous ces yoyos exige de la lenteur, appelle de la douceur. On va chercher un peu de tendresse au bord de l'eau, là où l'on trouve encore du rose, des chants, des fleurs, des envols. Sur la plage, deux mères se plaignent du linge qui ne veut pas sécher, évoquent leurs enfants malades qui n'en finissent pas de tousser. Nous, passant, on n'éprouve qu'une envie : rentrer chez soi, rentrer en soi. Garder toutes nos énergies pour traverser cette saison qui nous laisse vaguement pantois. Marcher mais sans rien dire, ne surtout pas parler. Faire un signe. Un geste. Lancer tout au plus un salut. Mais opter pour le silence, garder les mots bien à l'abri tout au fond de soi, se réchauffer aux histoires qui s'élaborent et qu'on racontera plus tard.

 

22 sept. 2024

Vivre : petite chérie

 
Maddalena / Lorenzo Costa / Bologna / collezione privata
 
 
La voix plus sucrée qu'un nougat, un sourire constant aux lèvres, elle énonce des platitudes avec une tranquille assurance. Elle est d'accord. Elle ajoute une petite précision. Rien qui puisse contrarier ou perturber. Elle convient que. Elle précise juste que.  Les vagues, elle n'en veut pas, du moins pas de ce genre-là. Dans les relations et leurs triangles, elle s'est choisi une place de choix : c'est le rôle de victime qui lui va. Elle y tient dur comme fer. Toujours à la recherche d'un sauveur, toujours dans la crainte d'un persécuteur, elle passe son temps à se surveiller, à se désoler, ou à approuver, ou les trois à la fois. A qui lui suggère d'élargir son répertoire, elle rétorque qu'on ne la comprend pas. Sa vie est si complexe. Quel combat! Et elle continue avec sur le visage son éternel sourire barbe à papa...