7 sept. 2018

Vivre : les abonnés absents


Montée vers le col / Versant italien / Grand- saint-Bernard


Ces derniers mois, il y a eu dans ma vie le silence de deux ou trois personnes. J’attendais beaucoup de ces deux (peut-être trois) personnes. J’attendais le son de leur voix, j’attendais leur soutien. J’attendais des mots d’encouragement et de reconnaissance. J’en avais terriblement besoin. Mais j’attendais probablement trop, j’attendais quelque chose qu’elles ne pouvaient pas me donner. Leurs mots ne sont pas venus. Parfois, on ne reçoit pas quelque chose qu’on attend, dont on éprouve intensément le manque, et on doit accepter ce qui est. Juste accepter ce qu’on n’aura pas.

Il faut admettre le silence et le vide qu’on aurait voulu voir comblés par deux ou trois personnes.

Un jour d’été, ayant franchi le col, en contrebas de la montagne, on se tient droit, face à la lumière vive, face au spectacle mirobolant qui s’étale sous nos yeux, dont les couleurs commencent à chauffer sous l’effet du soleil, et on accepte qu’on n’a aucun pouvoir sur le désir des autres (les entreprises de séduction semblent des manipulations tôt ou tard vouées à s’échouer). Alors... on respire. On respire encore et encore jusqu’à ce que la beauté de cette merveilleuse journée quasi automnale nous apparaisse dans toute sa splendeur, nous rende acceptables le silence et le vide et les ramène à leur absolue banalité.

6 sept. 2018

Vivre : Still life / 52




Légères, plutôt rigolotes, liantes, pas compliquées.
Indispensables. Plates. Confortables. En cuir, si possible.
Elles s'entendent comme larrons en foire avec mes pieds,
(pourtant nudistes invétérés)
Ils font ami-ami pendant toute la belle saison.
Puis arrive septembre, et là, c'est la crise, à l'heure de la séparation.
 Les pieds crient au désespoir quand arrive le moment de les ranger.
Ils hurlent quand ils voient une paire de chaussettes se dérouler.
Les mots "baskets", "bottines", "escarpins" les font cauchemarder.
Sûr : le jour où je remise mes sandalettes est un des pires de l'année.

5 sept. 2018

Regarder : entre les rives de l'Adriatique



Groupe de personnages / XIIIe s. / Musée de la ville / Split

Le sculpteur anonyme qui a su rendre de manière si touchante et réaliste
ce groupe de personnages, leurs accessoires, clef, ceinture, chaussure,
m'a rappelé le génial Maître des mois de Ferrare. 
Celui qui était si attentif aux moindres détails : visages, tendons,
mais aussi boucles, attaches, plissés, mille petits objets du quotidien.
Au début du XIIIe siècle, comment se passaient donc les échanges ? 
Quels pouvaient être les voyages entre les deux rives de cette mer 
- aujourd'hui souillée et violentée comme tant de mers -
la noble, la splendide, la prolifique et douce Adriatique ? 



Sculptures du Maître des Mois / env. 1230 / Musée de l'Oeuvre de Dôme / Ferrare


4 sept. 2018

Vivre : l'été les plages


Bateaux sur le port de Matejuska / musée ethnographique / Split / 1938


En rentrant de la plage dont on m’avait vanté les attraits et la proximité, je me suis dit qu’en une heure j’avais eu mon content de chairs boursouflées, de vociférations, de scooters pour toute une année (au moins). Je décidai qu’au fond, j’étais assez grande pour me tromper toute seule. Je regardai la carte et pointai ce lieu, où menait une seule petite route à lacets, un lieu improbable, déboulant autour d’une petite anse, à peine un demi-centimètre sur le papier, un lieu modeste, que ni TA ni aucun site de réservation ne semblait connaître, desservi trois fois par jour devais-je apprendre plus tard sur le panneau d’affichage, un lieu oublié du développement galopant de la contrée.

Le soir, sur sa grève, le soleil a pris tout son temps pour se coucher. C’était une soirée très douce, étrangement apaisée. Au bord de l’eau, trois enfants s’amusaient et riaient. Deux filles sont venues s’étendre sur leur paddle et des reflets d’or les ont bercées. Une famille polonaise s’est régalée de glaces, puis a rangé ses affaires avant de s’en aller.

Comme la nuit tombe soudainement en août ! Il y a des moments qu’on voudrait pouvoir retenir tandis qu'il nous semble être en train de rêver. Le corps garde longtemps en mémoire la sensation miraculeuse du vent, son souffle, et les chants des grillons et les aboiements lointains qui vont se fondre dans l’obscurité.

3 sept. 2018

Voyager : tout ce qu'il nous manque


Femme portant du poisson / Komiza / Vis / env.1935 / Musée ethnographique Split

Être touriste, c'est n'avoir besoin de rien. 
On arrive, on demande, on paie, on obtient. 
Voyager, dans le village d'à côté comme à l'autre bout de la  terre,
c'est être fondamentalement paumé.
Ne rien savoir, chercher à comprendre, gesticuler.
C'est dépendre. C'est être amené à reconnaître
tous les savoirs des personnes rencontrées.


2 sept. 2018

Vivre : fin août début septembre


Portail cathédrale Saint-Laurent / Trogir



Août : curieux mois, vraiment. 
Qui commence africain et s’achève scandinave. 
Qui vous lâche la bride pour mieux vous prendre au collet.
Qui ne ménage ni ses coups de mou ni ses coups de fouet.
Le mois de tous les excès.


1 sept. 2018

Vivre : soirs d'orage





Photographie couleur d'un paysage noir et blanc / 29.08.18

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les orages
ennoblit la vie.