Me manque l'air du
large. Me manquent le chant du coq et les bêlements entremêlés. Me manquent les
routes qui surplombent les rochers turquoise. Me manquent ces bières avalées d'un trait au
bord de routes trop fréquentées. Me manquent les soirées chaperonnées par des félins
borgnes. Me manque le sel sur mes lèvres gercées. Me manquent des rires en
langues étrangères. Me manquent les départs, les retards, les bifurcations
foireuses, les parcages approximatifs. Me manquent les sonorités catalanes, me
manquent les palmiers, me manquent les prénoms Jaume, Jordi, Javier, Fina, Marga,
Mercè. Me manquent les patronymes Alcover, March, Castanyer, Bonet. Me manquent
les mélopées du soir et les ritournelles du matin. Il me faut mordre dans ces instants-là, j'ai besoin de
retourner là-bas.
23 mai 2019
22 mai 2019
Voir : palme ou pas
Antonio Banderas
Dans "Dolor y Gloria", Pedro Almodovar raconte le passage à vide d'un sexagénaire, une descente dans les tourments de l'âme et de la maladie, accompagnée d'héroïne et d'alcool et de réminiscences.
Dans "Dolor y Gloria", il brosse le portrait de trois hommes magnifiques (et magnifiquement interprétés) et c'est heureux qu'enfin, lui qui a si bien su parler des femmes, se penche sur l'inestimable beauté des hommes. Dans "Dolor y Gloria", il y a des larmes dans les yeux de Banderas, qu'on voudrait essuyer, et des tonalités d'enfant perdu dans sa voix, quand il évoque les brisures du passé. Dans "Dolor y Gloria", Asier Etxeandia se lance dans une danse magistrale avant d'entamer un monologue poignant sur les limites de l'amour. Dans "Dolor y Gloria", le cinéma sent la pisse et le jasmin et une fièvre fulgurante terrasse les premiers émois d'un gamin.
Peut-être pas le plus magistral, peut-être pas le plus émouvant, peut-être pas le plus distinguable, mais un film à voir, qu'il me faut revoir absolument. Puisque - avant-dernière réplique - peu importe tout ce qu'on ne saura jamais, peu importent les chemins et leurs mystères, l'essentiel est que les messages parviennent à leur destinataire.
Dans "Dolor y Gloria", il brosse le portrait de trois hommes magnifiques (et magnifiquement interprétés) et c'est heureux qu'enfin, lui qui a si bien su parler des femmes, se penche sur l'inestimable beauté des hommes. Dans "Dolor y Gloria", il y a des larmes dans les yeux de Banderas, qu'on voudrait essuyer, et des tonalités d'enfant perdu dans sa voix, quand il évoque les brisures du passé. Dans "Dolor y Gloria", Asier Etxeandia se lance dans une danse magistrale avant d'entamer un monologue poignant sur les limites de l'amour. Dans "Dolor y Gloria", le cinéma sent la pisse et le jasmin et une fièvre fulgurante terrasse les premiers émois d'un gamin.
Peut-être pas le plus magistral, peut-être pas le plus émouvant, peut-être pas le plus distinguable, mais un film à voir, qu'il me faut revoir absolument. Puisque - avant-dernière réplique - peu importe tout ce qu'on ne saura jamais, peu importent les chemins et leurs mystères, l'essentiel est que les messages parviennent à leur destinataire.
21 mai 2019
Vivre : nos pas lents dans le silence
Monastère royal de Brou
Le grésillement d'une bougie.
Deux anges se penchent, sourient.
Dehors, des crissements.
Un battement d'aile dans la nuit.
20 mai 2019
Vivre : intelligences
Portrait d'un inconnu / Vénétie / Pinacothèque / Padoue
Parfois, ils s'échangent sans que personne n'y voie rien,
en une fraction de fraction de fraction de seconde,
ces regards qui scellent notre insondable connivence.
19 mai 2019
Regarder : donnant-donnant
Captures d'écran / Arte / Le cinéma dans l'oeil de Magnum
C'était une âme blessée qui se cognait n'importe où en cherchant dieu sait quoi.
Dennis Stock, photographe à Magnum depuis 1951, à propos de James Dean
Dennis Stock, photographe à Magnum depuis 1951, à propos de James Dean
Dans un passionnant documentaire consacré aux collaborations de l'agence Magnum avec le cinéma - une belle leçon de photographie - on réalise le lien étroit qui existe entre celui qui regarde et celui qui est regardé. Rien à voir avec le paparazzisme. Personne ne vole rien à personne. Comme le dit la photographe Eve Arnold à propos de Marilyn Monroe : On l'a tous utilisée, ça ne fait aucun doute. Quand on est photographe, on doit accepter le fait qu'on a besoin de l'image des autres. Bien sûr, sans la photographie, Marilyn n'aurait jamais été Marilyn. Car c'est ainsi que beaucoup de gens l'ont découverte. C'est un cercle vicieux. Tout le monde utilise tout le monde. Elle m'a utilisée pour aller là où elle voulait aller, comme tant d'autres. Je n'étais unique que parce qu'elle me faisait totalement confiance.
Explorant ce lien donnant-donnant, on découvre quelque chose de frappant : l'aspect visionnaire de ces concentrés de regard. L'avenir du passé est contenu dans les clichés. On observe. On scrute. On se dit qu'un bon portrait contient la vérité des êtres et, sans doute aussi, quelque chose de leur destin.
Le cinéma dans l’œil de Magnum / Arte / rediffusion le 22.05.19
18 mai 2019
Vivre : en terre étrangère
Le couronnement de la Vierge avec Sainte Catherine et Sainte Barbe (détail) /
Heinrick Creeft / Musée des Beaux-Arts /Nîmes
Le passé est une terre étrangère... où l'on agit tout autrement.*
Rangeant mes livres, j'ai retrouvé sur la carte oubliée
des mots tracés évoquant tendresse et complicité.
Parcourant l'encre et ses méandres, je me suis étonnée :
c'était donc là que mes émotions d'antan venaient se faner ?
*Début du livre et du film Le Messager / Leslie Poles Hartley et Joseph Losey
17 mai 2019
Vivre : sauvetages
Lettre "S" / enlumineur siennois / Mindful hands / Fondazione Cini / Venise / 2017
Quand, après la pluie, le vent souffle et menace de les dessécher sur la chaussée, je me penche, les saisis et les repose entre deux touffes d'herbe sur le bas-côté. J'aime me dire que, s'ils sont encore en vie, ils pourront continuer de faire œuvre utile.
Certains me regardent dégoutés - beurk : un ver de terre! - qui n'auraient jamais le même rejet envers un trader, ou un imprudent manager, ou un mec s'adonnant à la spéculation immobilière. A chacun ses valeurs, le lombric a mes faveurs.
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