7 févr. 2020

Vivre : coexistences


Sainte famille avec bergers (détail) / cercle de Filippino Lippi / Florence / Petit-Palais / Avignon


Nous voisinons. C'est évident : nous sommes sans cesse amenés à voisiner. 
Voisins du haut, voisins d'en bas, voisins d'en face. Mais... 
trouver la bonne distance et la juste solidarité : quelle difficulté!

(Inspiré de la lecture  "Voisinages. Vers une coexistence humaine" d'Hélène L'Heuillet)

6 févr. 2020

Vivre : vers la lumière


Nativité (détail) / Giovanni di Paolo / Petit-Palais / Avignon

Ne laisse pas la bêtise crasse
 - voire la crasse tout court -
s'interposer entre toi et la lumière.
 Te priver du moindre rayon ?
Pas question. 

5 févr. 2020

Voyager : l'appel des remparts


Les bulles / Paul Peel / MBA de l'Ontario 

Traverser un interminable tunnel de giboulées, de bourrasques, d'ondées.
Traverser le gris, le noir, le presque rien, la pâleur condensée et plombée.
Derrière les SOS des essuie-glace, des écrans brouillés et aucun espace.
Enfin, sans oser trop y croire, distinguer au loin, une fine ligne. Blanche.
 Un long trait délavé, tremblé, esquissé annonçant une possible naissance.
Une ouverture devenant bleu tendre, puis beige, puis orange, puis saumon.
Une couverture soulevant des plumes et des bulles, découvrant un horizon.
Alors, très vite : les toits confiants, les domaines opulents, les désirs ardants.
Retrouver la ville, retrouver ses murailles impassibles, retrouver son Palais,
contempler les berges tranquilles où le printemps déploie ses avant-courriers. 
 

4 févr. 2020

Vivre : la marge d'autonomie


 
Femme de pêcheur et son fils / Joaquin Sorolla y Bastida / Museo Sorolla / Madrid

 Quoi qu'il en coûte : laisser partir.
Et naturellement : entr'ouvrir.
Ne rien attendre, savoir accueillir.

3 févr. 2020

Vivre : mille pardons, une leçon

Tenzin Tozam Rimpoché et son maitre / Martine Franck / Musée de l'Elysée / Lausanne / 2019


Après une offense ou un tort commis, certains croient qu'il suffit de trois mots pour régler la question. Ils disent : "je m'excuse" ou bien "pardon, oh! pardon!". Hypocrisie ou simple formalité, trois mots prononcés et le compte est bon.
Si la notion de pardon est difficile à cerner, le fait de s'excuser soi-même pourrait être d'une indéniable praticité. Par-delà ces notions, une seule chose est indispensable pour ne pas gâcher la relation : exprimer par des mots son empathie envers ce que l'autre a expérimenté et montrer qu'on a compris quel tort il a subi.
Si je ne comprends pas, comment puis-je regretter ? Si je ne regrette pas, comment la personne concernée pourrait-elle me pardonner ? 
Quelles que soient les désolations verbalisées, non et non, aucun sens au pardon si l'autre n'a pas intégré la leçon.
(et la libération dans tout ça ? le cœur léger, se sentir apte à tourner les talons, à se diriger vers d'autres vastes horizons )

2 févr. 2020

Vivre : attention, fragile!

Music / Edward Burne-Jones / The Ashmolean Museum / Oxford


Entre fragilité et faiblesse court une ligne subtile :
vulnérables, certes, mais pourquoi se préférer fragiles ?

1 févr. 2020

Vivre : vie secrète


Affreschi / Sala dei cavalli / Palazzo Te / Mantova

La femme aux trois chiens (dont un braque pourvu d'un caractère particulièrement fougueux) s'est mise à parler tandis que nous longions le champs couvert de givre. Elle a commencé par dire qu'elle habitait au bord du lac et moins d'une demie-heure après, tandis que nous bouclions le circuit, elle m'avait raconté une bonne tranche de sa vie. Puis elle a tenu à me présenter ses trois chevaux : une jument de 29 ans (la classe et pas mal de prestance malgré le poids des années), une élégante alezane au regard aussi franc que celui de ses montagnes et sa jeune pouliche (qui avait une drôle de flammèche blanche sous son toupet).
Tandis que je flattais ces bêtes ouvertes et sensibles, j'écoutais la femme et je la regardais. Je me disais qu'elle pourrait devenir non pas une amie (ce genre d’appellation étant en ce qui me concerne hautement contrôlée), mais une connaissance intelligente avec qui échanger. J'aimais l'entendre dire qu'elle avait quitté sa lumineuse métropole parce qu'elle aimait galoper dans le brouillard (et j'appréciais qu'elle me propose de rendre visite aux chevaux à volonté).
Je m'étonnais ensuite que tant de gens se livrent si facilement, spontanément, sans me connaître. J'en sais généralement beaucoup plus sur leur vie qu'ils ne connaissent la mienne. Je me suis demandé pourquoi. L'aptitude à écouter, sans doute. L'intérêt et le désir de comprendre, qui sont presque obsessionnels chez moi. Ils doivent sentir (à juste titre) que jamais aucun secret ou ni aucune confidence ne saurait filtrer à travers ma personne. Mais surtout, naïvement, les gens croient que quand vous respirez calmement, que vous leur portez une attention bienveillante et que vos habits sont bien coupés, votre vie est lisse et sans aspérités. Ils pensent que vous ne pouvez avoir aucun problème particulier, aucun rêve secret à caresser, aucune peine de cœur, aucune rupture en instance ou passée. Ils ne voient qu'une grande disponibilité, et il leur paraît naturel de pouvoir en bénéficier.
Entre jeter des perles aux pourceaux et accorder sa confiance en toute sécurité, il y a un fossé dans lequel certains se jettent avec volupté. J'aime mieux pour ma part patienter, les yeux grand ouverts, et regarder longuement les chevaux s'élancer.