31 janv. 2021

Ecouter, Vivre : ce qui ne tue pas... blesser l'éternité

 

Fan de podcasts, lesquels accompagnent une bonne partie de mes activités quotidiennes, j'apprécie tout particulièrement Les remèdes à la mélancolie, pour le ton à la fois grave et enjoué d'Eva Bester, son écoute attentive, son humour décalé, son tact et la complicité qu'elle sait instaurer avec ses invités. Sa manière aussi de prendre au sérieux la vie, tout en assumant une distance tendre et ironique avec petits et grands soucis.
Faire parler les gens sur leurs remèdes aux blessures intimes est un concept fondamentalement approprié : au fil du dialogue, il y a des douleurs qui se révèlent et elles peuvent se dire uniquement parce que l'on mentionne en même temps les capacités que l'on a pour faire face (ou pour faire avec). Les gens parlent donc d'eux, en creux, sans trop en dire, avec le sourire. On devine les failles, on partage, on compatit.
L'automne dernier, l'animatrice recevait Mathias Malzieu, lequel racontait qu'il avait réalisé qu'il était sorti d'une très grave maladie le jour où il a commencé à râler, comme tout le monde, pour des conneries : la météo ou la défaite de son équipe de foot préférée.
Il a aussi dit - et je le comprends si bien - qu'il ne partageait pas l'opinion de Nietzsche. Il a énoncé : Tout ce qui ne tue pas... abîme un peu. Et puis, il a cité Thoreau, ce mot si beau : En tuant le temps, on blesse l'éternité. 
S'embêter, se perdre en distractions, attendre Godot, c'est sans doute injurier infiniment, douloureusement l'éternité.
 

30 janv. 2021

Vivre : l'incompris

 
 Autoportrait / Jan Lievens / SMK / Copenhague
 
Il sème des exigences, il récolte des refus.
Il voudrait qu'on le reconnaisse, il est souvent déçu.
Il aimerait qu'on l'aime, mais mieux et surtout plus. 


29 janv. 2021

Vivre : alarmantes certitudes

 
 Deux visages masculins / Francesco Riboldini dit Il Francia / Pinacothèque / Bologne
 
Les idées préconçues : tellement évidentes, tellement sûres qu'avec elles on est quasiment assuré de foncer dans le mur.


28 janv. 2021

Vivre : ce rêve familier

 

Cette sinuosité si douce et familière, s'offrant tous les jours humblement à mes yeux, c'est étonnant à quel point elle peut se révéler à chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. C'est elle, là, à chaque instant, qui change, se modifie selon l'heure, la saison, le temps. C'est mon regard aussi, qui évolue, se faisant plus ou moins attentif, ou admiratif, ou absent.
Aimer une montagne ou un être au quotidien, c'est pareil. L'objet change, fluctue, sans arrêt, au fil de ses météos intérieures et de ses saisons. Et le regard, s'il veut préserver l'étonnement, se doit d'être toujours curieux et présent. Le regard sage observe et s'attache à noter la suite des variations. Le regard déficient, lui, croit avoir tout compris, affirme : je le connais comme ma poche, les choses lui passent sous les yeux, il voit, mais sans rien percevoir dans le fond.




27 janv. 2021

Vivre : let it be / 22

 
Arlequin / René de Saint-Marceaux devant La Fanfare de Bois-le-Roi / Antoine Bail / MBA / Lyon
 
Il traverse le trottoir pour nous saluer, puis s'immisce dans notre conversation sans y avoir été convié. Il est au courant d'un tas de choses, a un avis sur tout et se montre bien entendu prêt à le donner. N'hésite pas à prodiguer des conseils, signale quelques erreurs dans nos propos, nous informe qu'il connaît mieux que quiconque (et dans tous les cas mieux que nous) une multitude de choses que nous semblions ignorer. En moins de dix minutes, il nous a abreuvées de son savoir. Nul doute n'est permis : il a tout lu, tout vu, tout compris. Nous en sommes estomaquées. En le regardant s'éloigner, je glisse à mon amie : Ciel, quelle sommité! Elle me rétorque : Dis plutôt : quel complexe d'infériorité !
 
 

26 janv. 2021

Vivre : couleurs hivernales

 

A le ressentir glacial, à le penser toujours gris, souvent blanc, hostile, gelé, pourvoyeur de nuits noires et de matins blafards, 
on peine à imaginer combien l'hiver est une saison bleue. 


Nos balades nous entraînent pourtant dans des univers électriques, céruléens, azurins, turquin, bleu acier, bleu Prusse, bleu Bondi.


L'associant si souvent aux Suds et à l'été, on en oublierait combien ce champ chromatique peut être froid
et ajouter du frimas aux frimas.



25 janv. 2021

Vivre : les choses qui commencent

 
La jeune glaneuse / Paul Peel / Musée des Beaux-Arts de l'Ontario / Toronto
 
C'est une évidence, tellement évidente qu'on n'y pense pas souvent : pour tant de choses qui s'achèvent, qui nous lâchent, nous abandonnent, qu'on laisse s'en aller ailleurs faire leur chemin, tant de choses se présentent qu'il s'agit d'observer et de laisser s'approcher. 
Cette question, le soir de Noël : avais-je jamais tricoté ? qui m'a conduite à aller rechercher au fond d'un placard un pullover entièrement créé sous mes doigts rêveurs et inspirés, lequel dormait là depuis... quoi ? trente ans peut-être, cette question m'a ramené une pluie de pelotes et me voici à chaque moment libre en train d'inventer en parallèle deux créations uniques (qui seront je l'espère achevées avant l'été!).
Cette personne rayonnante attirant détente et bonne humeur, sans se soucier d'éventuels retours, ni de possibles rebuffades, cette personne lumineuse, cette présence originale, je la veux, je la vise, je la vois. Et cette autre, tellement orientée solutions, que, face à elle, on ne peut concevoir le moindre problème, je l'embarque, elle aussi, dans mon caddy d'envies.
Et cette balade du soir, qui s'est imposée d'elle-même, et m'offre une lumière qui pavane dans toute sa magnificence, ponctuée de roucoulements lents, longs et satisfaits. Et ces mots qui s'invitent : certainement, mais bien sûr, d'accord, bien entendu. Et ces nouveaux rythmes qui se présentent, nouveaux chants, nouvelles voix, tout ce que je désire accueillir, je leur ai fait place, les voici, les voilà.