mercredi 31 décembre 2025

Vivre : se diriger

 
Annonciation Martelli / Filippo Lippi / Chiesa San Lorenzo / Firenze


résolument
oser s'engager, oser 
faire ce pas en avant 
 oser aller de l'avant
 
 
 
 

mardi 30 décembre 2025

Vivre : prendre la vie par la main

 
Venus et les trois Grâces offrants des présents à une jeune fille (dét.) / Sandro Botticelli / Le Louvre / Paris
 
 
Laisser les choses se faire. Laisser les mots venir. Laisser les réponses se tracer un chemin.
Nul besoin de combler, de s'affoler au moindre vide, de s'apeurer. Aucun vertige à craindre.
Avoir confiance. Cultiver la confiance. Permettre à la confiance d'occuper la place qui lui revient.
 
 

lundi 29 décembre 2025

Vivre : le balancier

 

 
Depuis qu'elle le connait combien de fois l'a-t-elle quitté ? Elle l'a ensuite retrouvé. Puis requitté. Elle appelle toutes les fois qu'elle a épuisé toutes les oreilles attentives dont elle pourrait être entourée. Elle appelle relativement souvent. A chaque fois on se demande à quoi lui servent ces moments de ressassement, durant  lesquels elle scande ses raisons, se raconte et se répète. Elle ne se soucie pas d'écouter, et encore moins d'entendre. Elle n'attend pas le moindre retour. Alors on la laisse dire. On lui accorde un quart d'heure.
Elle a besoin que quelqu'un quelque part l'entende affirmer ce qu'elle sera prête dès le jour suivant à renier : Il est l'homme de sa vie. Il est un parfait abruti. Elle doit absolument partir en emportant toutes ses affaires. Ils doivent s'envoler en vacances à l'autre bout de la terre. Quand elle se sépare, elle se veut féministe et déterminée. Quand elle le rejoint, elle se dit amoureuse (et tout aussi déterminée). 
Il y a quinze jours, elle ne pouvait plus le supporter. Aujourd'hui, ils ont décidé de se marier. Que dire ? Il n'y a rien à dire. Les quinze minutes se sont écoulées. C'est le maximum qu'on peut donner. 
 

dimanche 28 décembre 2025

Vivre : l'art magique du trois fois rien

 

Philippe Jacottet est un maître pour moi, même si je suis conscient que ce mot n'a guère de sens en ce qui le concerne, lui-même se revendiquant plutôt comme un "ignorant". [...] A ses yeux, une promenade - un microvoyage - est une plongée dans l'inconnu d'autant plus attirante que cela ne paraît qu'un élément de notre espace familier. Aborder toute promenade comme si c'était la première. Garder le regard le plus libre possible. Conserver sa capacité de s'émouvoir à chaque instant. Telle est la leçon de mon maître ignorant.
Microvoyage. Le paradis à deux pas.
Marc Oudghiri / p. 120-121 
 
C'est le chien ce matin qui a impulsé le parcours de notre première promenade. Il m'a entraînée dans une balade des plus banales : retrouver le lac, placide protagoniste, et bon nombre de volatiles, tous présents tous vaquant à leurs affaires (à l'instar du chien d'ailleurs, qui, pour avoir parcouru des centaines de fois ce trajet, ne cesse de lui trouver d'intenses attraits). 
Le monde semblait s'être tu : les rares silhouettes et le nombre encore plus réduit de voitures paraissaient évoluer derrière un vitrage. Tout était là : le calme, les sinuosités magiques des branchages, l'envol d'une pie, un gant oublié sur la plage. L'air était frais, et même carrément glacial. Il faisait bon lui présenter son visage. Là-haut, adossée à la colline, se tenait la merveilleuse maison, toujours elle, qui ne demandait qu'à nous accueillir et à nous réchauffer. Une journée simple et singulière pouvait commencer. 
 

Vivre : les chemins de l'hiver

 
 
Paysage d'hiver avec rivière et oiseau / Julian Falat / Musée national de Varsovie
 
 
angoisses : conglomérat d'émotions auxquelles on n'a pas encore su faire place 
 
 
 

samedi 27 décembre 2025

Voyager : rien que de l'ordinaire

 
ailleurs, mais si semblable
 
 
Il y a toujours, sur le trajet de l'autoroute qui court entre Piémont et Lombardie, des étendues de champs - peut-être des rizières ou peut-être de simples cultures maraîchères - que je ne me lasse pas d'admirer. Le trajet alors pourrait durer des heures et des heures (tandis que régulièrement au-dessus de la chaussée apparaissent des tableaux lumineux indiquant aux véhicules combien de minutes seront nécessaires pour atteindre Milan, ou Asti, ou Turin). 
Cette année, c'est peu dire que la météo était "maussade" (un manière de définir le crachin, le brouillard et les nuages bas qui sévissaient depuis des jours) et pourtant, une fois encore, le paysage s'est montré sublime et disposé à se faire admirer. Les brumes atténuaient les contours des bâtisses et des bosquets. Elles pastellisaient les couleurs des étendues en jaune pâle, en ocre, en  beige et en blanc cassé. C'était des paysages qui n'avaient peut-être rien de remarquable, mais que j'avais un grand plaisir à observer. Ces paysages incarnaient tout simplement la Beauté. On aurait pu croire qu'un Rothko les avait appliqués à larges traits. On aurait aussi pu les imaginer esquissés par Iroshige. J'aimais tendrement la manière dont les arbres se dessinaient en gris pâle sur de longues bandes délimitant les diverses parcelles. J'aimais les observer, tous pareils, et tous différents, alignés en bordure de propriété.
C'était d'une grâce hallucinante et j'avais la chance, n'étant pas conductrice, de pouvoir les admirer (étant donné la vitesse, et les encadrements des portières, il n'est jamais question pour moi de les photographier). C'est peut-être ce qui en fait la valeur particulière. Il y a comme ça des voyages dans les voyages, des moments qui échappent aux définitions, aux impératifs, aux découvertes annoncées. J'ignore encore à ce jour le nom et le lieu précis de ces contrées. J'imagine qu'il n'y a que depuis l'autoroute qu'on peut les voir avec le recul nécessaire. Certains jours, je me dis que je serais  prête à rouler pendant des heures, rien que pour les redécouvrir.
 
 

vendredi 26 décembre 2025

Voyager : arriver aux P.B.

 

 
La première fois que je suis arrivée aux P. B., c'était un soir de décembre. La nuit était tombée, nous étions en retard. Il y avait eu quelques tensions dans l'habitacle car notre GPS nous avait salement plantés dès la sortie de l'autoroute. Nous avions parcouru l'étroit chemin qui menait à cette vieille demeure accompagnés par la lueur blême de la Chartreuse qui veillait sur la colline d'en face. Je me souviens : le silence humide, les gouttelettes de brouillard, la sensation extraordinaire d'entrer dans une autre dimension, hors du temps, hors des tensions de l'Histoire.
 
  
 
Depuis, j'y suis retournée, toujours en hiver, toujours accueillie par le sapin et les lumignons palpitant sur les pierres. Toujours dans la même chambre un peu trop chauffée, avec toujours sur un vieux divan le même gros matou qui aime un peu trop se bagarrer. Quelle que soit l'heure, là-bas il ne fait jamais nuit noire. Dans l'obscurité qui n'est jamais tout à fait obscure, il fait bon partir à pied, rejoindre parmi les ombres un coin où manger. Sur le trajet, en longeant des rangées d'oliviers et de cyprès, on se prend à tâtonner, à glisser sur les graviers. L'air y est chargé de souvenirs, c'est un air dense et italien, senteurs de bois, présences animales, fantômes veillant sur leurs terres ancestrales, parfois quelque oiseau poussant un cri guttural.  
 
 
 
Dès les premiers pas, on se sent basculer dans un autre univers. On oublie tout ce qui constitue le monde, ses cruautés, ses rythmes, ses nécessités. Au bout de quelques virages, on se retrouve installés près d'un feu de cheminée, dans une vieille osteria élégamment décorée, presque cossue, dont on apprécie tout particulièrement les vins proposés.
 

 

Au retour, on avance avec prudence, évitant les nids de poule, tendant l'oreille aux froissements et aux hululements. Au loin, la ville superbe et tapageuse se devine à sa manière de blondir le ciel à l'horizon. On commente les mets dégustés, ribollita, peposo, artichauts en beignets. On frissonne sous l'effet conjugué de la fatigue et du chianti, et on progresse vers la noble bâtisse, avec la certitude qu'elle saura nous ouvrir ses portes et nous envelopper dans son univers d'élégance et de chaleur. 
 

jeudi 25 décembre 2025

Vivre : présence

 
Madonna dell'Umiltà / Fra Angelico / Rijksmuseum / Amsterdam
 
longeant la rivière, hier, déceler cet instant
où la dernière goutte croise le premier flocon
 
 
 

Regarder : énigmes et graphismes


 



1882, ère Meiji 15 / Tsukioka Yoshitoshi / Musée d'Art oriental / Gênes

 
Au Museo Archeologico de Bologne se tenait une exposition sur le dessin japonais intitulée Graphic Japan / Da Hokusai al manga. Pour être tout à fait honnête, elle ne m'a que moyennement intéressée (sans doute étais-je plutôt stimulée par la perspective d'aller visiter ensuite le Quadrilatero del Gusto tout proche, où les commerçants rivalisaient de créativité pour présenter leurs stupéfiantes victuailles). Mais en toute franchise aussi, j'ai connu des expositions mieux documentées, avec moins de verbiages et davantage d'explications destinées à un public néophyte. J'aurais souhaité des introductions plus approfondies. Il me semblait qu'on se contentait de mettre en regard des œuvres anciennes, de la période Edo ou Meiji (provenant d'artistes tels qu'Hokusai, ou Iroshige) et des affiches contemporaines (souvent des publicités liées aux intensives campagnes en vue d'attirer des touristes au début des années 2'000). 
 
De plus, si la présentation se vantait de comporter 250 œuvres (entre estampes anciennes et tirages contemporains), la boutique qui jouxtait les salles à la sortie, comptait certainement davantage de pièces, entre objets dérivés, livres et albums, bijoux, papeterie et bimbeloteries diverses. C'était à se demander si l'on se trouvait dans un musée pourvu d'une boutique, ou dans une boutique dotée d'un musée.
 
Toutefois, une chose m'a passionnée : les signatures et les tampons qu'on découvrait apposées sur la plupart des œuvres, souvent dans les coins. Je les trouvais enchanteurs. J'aurais pu passer de longs moments à les observer, leur accordant parfois plus d'attention qu'aux dessins qu'ils étaient censés identifier.
  
Régulièrement, je rentre de mes escapades avec toutes sortes d'interrogations et c'est à mon retour que je cherche des réponses. En route, je capte. De retour, j'assimile. Ainsi, j'ai découvert ce site qui m'a éclairée sur le sens et le contenu de ces délicats graphismes (une thématique que l'exposition surfant sur l'air du temps aurait pu mettre en  avant). 
 
L'essentiel des voyages, ce sont leurs stimulations. Découvrir, expérimenter, élargir son horizon. C'était ce que je me disais en sortant et en dirigeant prestement mes pas vers Eataly, ses beaux produits, sa librairie fournie, et puis Tamburini et tant d'autres magasins traditionnels, déployant mille délices et tentations.
 
La mer de Satta dans la province de Suruga (série : 36 vues du Fuji) /  Utagawa Hiroshige / Musée d'Art oriental / Gênes
 
 
Une Beauté en train d'écrire une lettre / Période Edo /Kitagawa Utamaro / Museo d'Arte orientale / Genova
 
 

mercredi 24 décembre 2025

Vivre : sous le sapin

Compianto sul Cristo morto (détail) / Fra Angelico / Museo San Marco / Firenze

Avec une lenteur et une grâce sans pareilles la fille prenait tout son temps. Elle allait et venait, devant les rayonnages (de longues rangées de pots dûment étiquetés et numérotés) posant des questions à la vendeuse, laquelle lui expliquait à voix basse les mérites de telle ou telle tisane, selon les mélanges et selon les variétés. Il était question de sélectionner deux préparations, destinées à deux personnes différentes, et puis, en guise de contenants, deux pots en laiton coloré, que la fille a longuement comparés.
 
Elle affichait une élégance rare et décontractée : un manteau vintage et des bottines rouge foncé pointues et griffées, quelques chemises superposées, un tote bag à l'épaule et un sac de cuir en bandoulière. Elle penchait par moments la tête, secouant ses boucles d'ébène, pressant ses lèvres de manière concentrée.

La fille s'est ensuite dirigée vers la caisse, pour veiller à l'emballage et payer. Certes, ces cadeaux avaient un prix, mais le temps passé sans compter, à choisir en portant un soin tout particulier aux besoins des destinataires, c'est ça qui en faisait la beauté. Et, dans un monde de listes et de suggestions, de tendances et de livraisons, il y avait quelque chose de totalement fascinant dans ces moments privilégiés, dédiés à offrir de manière personnalisée (dix-sept heures, à La Via del Tè).
 

Vivre : en suspension

 
Pala di Bosco ai Frati (détail vêtement d'un saint) / Fra Angelico / Museo di San Marco / Firenze
 
 
Une des questions les plus palpitantes : que se passe-t-il quand on n'attend rien ?
 
 

mardi 23 décembre 2025

Vivre : le sens de la Fête

 
 Firenze, duomo
 
 
La ville, telle une éponge, tendait facilement, sous le ciel de décembre, à s'imbiber de vacarme et de vulgarité. La richesse extrême y côtoyait des hordes germaniques et des accents yankees, des communautés différentes s'y croisaient sans jamais se considérer. La pluie fine paraissait salir les trottoirs, la pluie drue semblait grasse et noire. On aurait pu s'y perdre et choir. Tomber sans parvenir à s'y relever. Mais... levant les yeux au ciel, la ville se dévoilait belle, révélait l'essentiel.
 
 *****
 
 Bologna, basilica di San Petronio, installation IWAGUMI,, voir ICI
 
 
L'autre ville, presque voisine, on pourrait dire : la porte à côté, déroulait à travers ses ruelles médiévales une décontraction phénoménale. Les habitants, les passants s'y rencontraient en toute spontanéité sans craindre les mélanges de genre et de langage. Sous ses kilomètres d'arcades pluriséculaires, on y riait, on y conversait, on y câlinait des nourrissons, on y interpelait des octogénaires. La pluie, ici, n'était qu'un phénomène secondaire. Cette autre ville ne faisait pas de manières. Sa beauté était populaire et sa fête tenait à une énergie continuelle. 
 

lundi 22 décembre 2025

Vivre : descendre du ring

  
 


le solstice est passé. 
la lumière a basculé.
l'heure est arrivée :
tout doux se recentrer 
 
 
 

mercredi 17 décembre 2025

Vivre : drôle de période

 
Retable du Portement de Croix / moulage de plâtre d'après original dans l'église Saint-Didier / Francesco Laurana / Palais des Papes / Avignon
 
La ville est paisible. Les scènes de rues y sont la plupart du temps touchantes, ou amusantes. La foule y est docile. C'est pour ça que l'autre jour on n'a rien vu venir. Un homme avec oreillettes d'âge moyen qui bouscule un couple d'âge mûr, rien de plus  banal. Une excuse, un regard sévère, et ça repart. Mais là, d'un coup (ou plutôt de deux) le ton est monté, la beigne est partie, le premier homme s'est enfui, le second l'a suivi, laissant sa femme ébahie. Choquée. Des passants se sont arrêtés. Une vendeuse a sorti une chaise pour la malheureuse accablée. La suite de l'histoire, les deux hommes disparus, absorbés par la cohue, on ne la saura pas. C'est décembre. Ce sont les Fêtes annoncées. Ce sont les frustrations subies. C'est l'amour qui s'est évanoui. Ce sont les traites à payer. Et toujours tous ces sourires sur papier glacé, comme un défi, un rappel de tout ce qu'on a raté.
 
 

mardi 16 décembre 2025

Vivre : dans le ciel mille étincelles

 
 
On ne perd jamais le contact avec lui (comment le pourrait-on sans se faire du tort ?)
 mais c'est à l'approche de Noël que le lien est le plus fort avec son enfant intérieur 
 

lundi 15 décembre 2025

Vivre : veiller sur soi

 
Le règne de Comus / Lorenzo Costa / Le Louvre / Paris
 
 
en décembre, le plus compliqué : repérer nos nœuds émotionnels et les dénouer
(impérieuse nécessité : repérer les nœuds émotionnels des autres et les leur laisser) 
 
 

 

dimanche 14 décembre 2025

Vivre : entrer dans la fête

 

Glade Jul / Viggo Johansen / Hirrsprung fondation / Copenhague

Mélange de nostalgie, de rituels et de saveurs retrouvées, Noël est en train de s'approcher. La troisième bougie vacille dans la couronne de l'Avent, la fête progresse lentement. Cette année, les appels à décorer et à consommer prématurés - déchaînés - avaient de quoi bousculer. Quoi ? En octobre déjà cette nécessité de tout organiser ? Contrariée, j'ai souvent détourné le regard et slalomé parmi les comptoirs. Je ressens l'envie de vivre à mon rythme le cycle des saisons, la fin de l'été, l'automne et toutes ses couleurs, quitte à en expérimenter les pluies, les journées moroses et les langueurs. J'ai besoin d'avoir tout mon temps, d'être dedans. Je n'ai pas besoin d'incessantes fuites en avant. Je refuse qu'on m'expulse constamment dans un futur censé m'apporter des bonheurs préfabriqués. Dans un monde d’accélération, il faudrait donc maintenant dix fois plus de temps de préparation (entendre : de consommation) ?
(cette année, les titres des films sur le thème diffusés tous les jours depuis des semaines sur certaines chaînes m'ont fait rigoler, une daube hollywoodienne censée anesthésier sans doute quantité de frustrations, trop de douleurs et de peurs) 
Enfin, aujourd'hui, presque en catimini, la troisième bougie de l'Avent s'est allumée. La flamme danse, se consume, chemine tout en lenteur tout en douceur vers le solstice d'hiver. Le temps est venu de se réjouir.
 

Lire : citadelles expugnables

 
 
La République de Babin (détail) / Jan Matejjko / Musée national de Cracovie

Il y a des livres : des forteresses. On tente d'y pénétrer. Ce n'est pas gagné. On réessaie. Ça ne marche pas. Pourtant, ce roman, on l'a choisi. On s'est laissée tenter, par le résumé, par sa réputation, par la bio de son auteur. Alors on le pose. Parfois, il faut attendre des jours, des semaines. Parfois, il prend la poussière. On multiplie des tentatives, on développe des stratégies. On cherche la porte d'entrée. On saute un chapitre. On parcours en biais.  On attend la phrase, la description, le dialogue qui saura nous captiver. 
Et puis, un jour, alors qu'on n'y croyait plus, le livre se livre. On y est entrée par la petite porte. On y revient par le chapitre premier. Et la lecture peut enfin commencer. 
 

samedi 13 décembre 2025

Vivre : Still life / 184

 

 
Zut alors! Encore mal réveillés l'autre matin, nous avons dû constater que le grille-pain nous lâchait. Le levier du minuteur refusait de s'enclencher. Pas de tranches bien toastées, comme on les aime, à moins de rester deux minutes le doigt appuyé sur le capuchon noir. Zut zut et re-zut!
On s'est demandé à quand remontait l'achat de cet appareil dont le rouge rutilant nous avait séduits : il y avait plus de dix ans. Normal donc que le vénérable nous claque entre les doigts. Un coup d’œil aux modèles similaires en vente m'a informée, à ma grande surprise, que le prix de ces appareils a passablement baissé (avec en parallèle une durée de vie abrégée, peut-être ?). Moyennant une quarantaine de francs, plus cinq pour la livraison, on pouvait m'en expédier un dans les trois jours. Mais... l'idée de contribuer à la circulation de camions toujours plus effarante dans la région nous laissait perplexes. Sans compter le coût environnemental du recyclage et de la destruction.
On n'allait quand même pas laisser choir notre toaster sans résister ! J'ai d'abord passé une bonne demi-heure à visualiser les tutoriels disponibles sur YouTube et Tik-Tok. Lesquels, dans toutes les langues et avec moult démonstrations, invitaient à réparer. Trop facile, un jeu d'enfants, selon notre vidéo préférée en néerlandais. Il suffisait de se munir d'un tournevis Torx T10 (4.70 francs dans un magasin de proximité) pour dépiauter la chose et observer ses entrailles. Une fois l'intervention faite (trente minutes quand même), nous nous sommes retrouvés dépités : l'intérieur de notre appareil ne correspondait pas à celui de la démo. Même modèle, mais pas la même série.
On ne voulait pas baisser les bras. Heureusement, la chance était avec nous : le problème numéro un évoqué par les tutos mentionnaient une obstruction due à des restes de pain. Et c'était bien le cas pour notre Russell Hobbs. Incroyable, la quantité de miettes accumulées malgré des nettoyages réguliers. J'ai dû recourir à l'aide de l'aspirateur et de cet objet-CI, acheté en août dernier. Complètement astiqué (30 minutes supplémentaires), remonté, nous avons branché notre toaster, lequel... s'est remis au travail comme si de rien n'était.
Résultat : une heure trente d'efforts, plus un investissement de quelques francs et un appareil prêt à collaborer. Au bout du compte, pour nous, sans être rentable c'est valorisant. Mais je crois que si nous avions encore dû assumer nos jobs et les surcharges de travail de décembre, nous aurions jeté l'éponge. Adopter une attitude écoresponsable demande du temps et de la détermination.
(une petite fierté, tout de même, quand on appuie sur le levier...)
  

vendredi 12 décembre 2025

jeudi 11 décembre 2025

Regarder / Vivre : retrouver des traces

 
Precious Stonewall / JM Othoniel / Musée Lapidaire / Avignon
 
Le petit musée Lapidaire d'Avignon est un lieu enchanteur, abrité dans la chapelle des Jésuites. En plein centre ville, quels que soient la saison et le brouhaha des rues marchandes, il offre l'opportunité de se replier entre ses murs et d'y reprendre souffle. Une véritable île dans la ville. 
L'autre jour, en fin d'après-midi, le ciel était chargé de menaces, noir de neige contenue. Une occasion idéale de venir dialoguer avec les pièces de l'Antiquité, de toutes périodes et de toutes provenances, qui y sont rassemblées. 
 

Nous avons survolé les briques de verre d'Othoniel pour nous concentrer sur de petits coffrets rouges - quatre en tout, d'apparence très banale - disposés apparemment au hasard parmi les œuvres. Il fallait soulever le couvercle et ... un parfum venu tout droit de l'antiquité venait solliciter vos narines. Ce fut un voyage dans le temps tout à fait surprenant. J'ai réalisé que le lien au passé se faisait souvent par la vue (objets, lectures, sites) et tout à coup cette possibilité d'accéder aux sculptures par le biais olfactif les rapprochait d'une manière étonnante. J'ai particulièrement été transportée par les senteurs enivrantes du rhodinon, un parfum à la rose dont on nous explique que :
 
ce célèbre parfum était essentiellement composé d'huile végétale et de pétales de rose, parfois adjoint de jonc appelé "rhodinon". Il était fabriqué, utilisé et apprécié dans dans l'ensemble du bassin méditerranéen. Le processus de fabrication était assez simple : Il s'agissait de faire macérer des pétales de roses à plusieurs reprises dans de l'huile préalablement chauffée. Différentes recettes, plus ou moins précises dans leur mise en application, ont été retranscrites par des auteurs antiques tels que Pline l'Ancien, ou Dioscoride, au premier siècle après Jésus-Christ. Le rhodinon était ensuite mis en flacon pour se parfumer ou à des fins médicales." 
Cette découverte des fragrances antiques est très récente. Elle est due à des recherches fouillées menées  par des archéologues du Collège de France en collaboration avec l'Institut de Chimie de l'université Côte-d'Azur. Lire ICI. Que ces chercheurs à l'origine de ce cadeau soient infiniment remerciés : tandis qu'une tempête déferlait sur la ville, nos sens enivrés, mis au parfum, dansaient et jubilaient autour de la Méditerranée. 

mercredi 10 décembre 2025

Vivre : en toute équanimité

 
 
Statue de la Justice / entrée  de l'Arsenal / Venise
 
 
Observer, décrire, évaluer : rendre justice
tout le contraire de juger 
 

mardi 9 décembre 2025

Vivre : les soirées (presque) hallucinées

 
 


quelques heures plus tard
oser croire
- qui sinon irait le croire?  -
au déboulement de la lumière 
 

Vivre : les matins (presque) rien

 

tu regardes le lac. tu regardes les hauteurs. tu ne vois que brouillards. tu espères la lumière.
sauras-tu attendre de voir en un instant tressaillir les pierres ? 



lundi 8 décembre 2025

Vivre : droit devant

 
Ammon jeune et imberbe / Musée Lapidaire / Avignon

Faire face : Se trouver en face. S'opposer (sans hésiter). 
Assumer (ses responsabilités). Pourvoir à des obligations.
Affronter, en somme, toutes sortes de situations.
Ne pas tourner le dos (à ce qui fait peur, aux difficultés.) 
Faire face : locution verbale à adopter sans trembler. 
 

dimanche 7 décembre 2025

Vivre : l'auguste joie au travail

 

 Le Retour de la fête de la Madone de l’Arc, près de Naples / Léopold Robert / MAHN / Neuchâtel 
 
On connaît des commerçants qui font bien leur métier. Des compétents qui savent conseiller. Des attentifs qui se rappellent de vos préférences. Des baratineurs qui savent vous détendre. Elle, elle a un je-ne-sais qui fait toute la différence. C'est plus qu'une amabilité de façade, ou un sourire de circonstance, elle irradie la bonne humeur, ou plutôt : une joie venue tout droit de l'enfance. Elle vend du pain - excellent par ailleurs - et toutes sortes de capiteuses pâtisseries, mais, en plus, elle distribue son amabilité sans compter (ajoutant aussi quelques tranches à part, histoire de vous faire goûter). En la regardant, on réalise qu'ils sont rares, les gens qui savent sourire. Vraiment. Et il faut croire qu'on est beaucoup à penser ça, parce que sa boutique de désemplit pas. Une fois sur le trottoir, à cent pas, on garde encore au fond de soi le souvenir de ses dents éclatantes, de ses mots divertissants, de cette énergie qui se dégage et qu'on a attrapée au vol en partant.
 

samedi 6 décembre 2025

Regarder : quelque chose d'irréel

    Astrolabe / 2025 / cloître Benoît XII
 

Dans le Palais stoïque et majestueux à pas lents cheminer à travers les salles 
 
 
 Et in Arcadia ego / 2025 / Chapelle Saint-Jean
 
frôlant de ci de là quelques rares guides suivis par leurs troupes dociles 
 
 
La Rose d'Or / 2022 / Sacristie Sud
  
et  les installations d'Othoniel comme d'immenses décorations de Noël 
 
 
 Constellations du zodiaque / Chambre du Parement
 
Les ombres ondoyaient et susurraient : bling bling ou artiste digne d'estime ?
 
 
Cosmos / 2025 / Grande Chapelle
 
Cependant, les lieux, leur paix, les reflets imposaient silence, balayaient les querelles inutiles
 
 
 Cosmos / 2025 / Grande Chapelle
 
 
seul demeurait l'instant sublime, et nous, rêveurs, immobiles

  
Cosmos / 2025 / Grande Chapelle
 
emportés dans des songes irréels, pris dans des résonances essentielles,
 
 
 
 happés, subjugués, tremblants, captant des sons subtils, nous voulions
 
 
Fleurs / peintes entre 2027 et 2025 / Grand Tinel
 
seulement, sans bling bling et sans blabla : juste percevoir l'étincelle