5 nov. 2019

Vivre : recadrer


Madame J.A.D. Ingres (détail) / Jean-Auguste-Dominique Ingres / collection Bührle

Quand les portes semblent se fermer de toute part, le moment est venu d'ouvrir le regard.


4 nov. 2019

Vivre : les voies de l'automne


Balades d'automne, boues et brumes, sillons monotones,
souvenirs qui reviennent et feuilles qui s'abandonnent
busards désabusés que des chevaux viennent courser,
longues récoltes pétrifiées que le chien se risque à traquer,
craquements vifs, larmes blettes des pommes oubliées, 
enfin, au loin, la possibilité d'une île, un signe, une idée.

3 nov. 2019

Vivre : still life / 79




Depuis l'adolescence, je n'ai pratiquement pas changé la manière de m'habiller : j'enfile un jean les neuf dixièmes du temps. Pourquoi ce manque de créativité, pourquoi ce manque d'originalité ?
Pour mille raisons. Parce que le jean est pratique et peu salissant. Parce qu'il n'a pas besoin de se repasser (du moins, pas le mien). Parce qu'il est confortable et pas cher. Parce qu'il ne fait pas de cérémonies ni de manières. Parce qu'il s'adapte à toutes les circonstances : le pullover et les baskets crottées, prestement ôtés, cèdent aisément leur place à une veste chic et à de beaux souliers (pour l'élégance, ce sont eux qui font la différence).

Naturellement, rotation oblige, il m'en faut toujours deux paires, dont se distingue celui que je préfère. Ah ! Le jean préféré ! Celui qui amincit, celui qui sait mouler en garantissant des mouvements en toute liberté. Celui dont le bleu, ni gris ni nuit, n'est ni trop clair, ni trop foncé. Celui dans lequel on peut tout affronter tout oser.

Fatalement, le jean adoré, beaucoup utilisé, beaucoup lavé, finit toujours par s'effilocher. Alors, chacune de ses déchirures est un déchirement. Car arrive immanquablement l'instant où le jean usé jusqu'à la trame en vient à craquer (parfois, au plus mauvais moment). Alors, le cœur en peine, on repart vivre l'épreuve des cabines d'essayage. On avait presque oublié combien il est humiliant de se voir boudiner dans des miroirs déformants, de se voir proposer la taille au-dessus par la vendeuse longiligne, à la lippe boudeuse (pourquoi ces vendeuses- sont-elles toutes longilignes et boudeuses ?). On doit se résoudre à se rhabiller vite fait, pour aller chercher et chercher encore à notre falzar regretté un digne successeur.

2 nov. 2019

Vivre : décliner


Aphrodite de Doidalsas / 1er s. après J.C. / Galerie des Offices / Florence


Avec ou sans sourire, non, c'est non. Pourquoi se perdre en esquives et en tergiversations ?

1 nov. 2019

Vivre : ces soirs-là



Toi, plus un toit.
Qu'il est bon de vous avoir,
de vous savoir là,
certains troubles soirs
où les ciels guerroient.

31 oct. 2019

Regarder / Vivre : la fille au ballon


Joueuse de football américain / 1972 / Abigail Heyman / Arles 2019

Cette photographie, je pourrais la regarder indéfiniment. Il se dégage de ce portrait une impression extraordinaire de force, de santé et d'équilibre. Peut-être que cela tient au regard de la jeune sportive, à ses mèches rebelles, à ses lèvres contractées par la détermination, à la manière qu'ont ses mains de serrer le ballon. Il est ainsi des images qui vous envoient de stimulants messages. Cette femme joue franc jeu, c'est évident, et c'est sans doute ce qui a retenu l'attention d'Abigail Heyman, alors qu'elle réalisait son reportage Growing Up Female,  dans les années 1970, une vaste enquête sur la situation de la femme aux États-Unis.
Son propos était ouvertement militant et elle en a rapporté des clichés édifiants, amers et drôles tout à la fois.

Supermarché / 1971
Athlète. Course de haie / 1978

La photographe a accompli une longue recherche, féministe et didactique. Ces témoignages sont importants. Il était probablement nécessaire de faire œuvre de démonstration. Pourtant, quand la photo est bonne, ne dit-elle pas tout, sans autre forme de discours ? Il n'y a rien à démontrer, il y a seulement à être et à se battre, dit la fille au ballon, et son regard résolu vaut toutes les dissertations.

30 oct. 2019

Vivre : noblesse


Portrait d'Henriette-Louise-Charlotte Béguelin /1780-1790 / J.H. Schröder / Collection privée

Après notre échange, je suis restée encore un bref instant à regarder la femme s'éloigner sur le trottoir, elle que la vie n'a pas épargnée, lui imposant des tourments qu'elle affronte depuis des années. J'ai pensé à l'élégance superbe de ces personnes qui gardent le cap et ne se permettraient jamais de faire peser sur les autres le poids de leurs frustrations ou de leur affliction. Qui se réjouissent même pour les autres de joies qui leur sont niées. Il y a ainsi des héros ordinaires, qui acceptent et avancent, et qui ne comprendraient pas, mais vraiment pas pourquoi, on aurait envie de leur dire "chapeau bas".