Une lettre recommandée provenant de la commune voisine est arrivée récemment.
LES FAITS : suite à dénonciation (photo à l'appui) je me suis vue condamnée à payer une amende de 100 euros pour "dépôt illicite de sac poubelle". On me reproche d'avoir déposé (dans un conteneur ad hoc) un sac en plastique de 35 litres (payé 1,80 euro, incluant la taxe de retraitement) alors que cela m'était interdit (aucun panneau d'aucune sorte pour l'indiquer expressément).
Ah!
LES MEFAITS : Le village en question, celui où nous allons faire nos achats alimentaires, où se trouvent notre garagiste, notre médecin de famille, notre bureau de poste se trouve sur le chemin qui nous conduit à la ville la plus proche. Nous le traversons tous les jours, alors que nous devrions effectuer un détour de deux kilomètres pour déposer nos détritus à la déchetterie de notre village (ce qui semblait peu pratique et peu écologique). Mais... c'était sans compter avec les frontières cantonales, des limites qu'il s'agit ici de respecter scrupuleusement.
(Précisons qu'il y a dans ce pays des villages traversés par ces frontières, où des enfants habitant la même rue ne fréquentent pas le même établissement scolaire, n'ont pas les mêmes programmes, ni les mêmes plans de vacances. Évitons d'évoquer les mesures régissant l'actuelle pandémie : le virus, c'est bien connu, cesse de s'activer dès qu'il arrive ici. Il connaît les règles, lui).
Oh!
LA MORALE : Je me suis hasardée à faire recours et le Conseil communal réuni in corpore a bien voulu convertir l'amende en ferme avertissement (signé par la docte main du syndic) précisant que le "tourisme de déchet" était formellement interdit. Je dois avouer que cette affaire m'a hautement soulagée. Dans un monde où sévissent des guerres effroyables, des famines terribles, d'inquiétantes pandémies et catastrophes naturelles, où des gens sont bâillonnés, enfermés pour leurs opinions, où l'on meurt pour mille motifs, où des millions de civils sont jetés sur les routes, dans ce monde, heureusement, il reste des employés zélés qui veillent à l'ordre public, vous épient, photographient votre plaque minéralogique et vous dénoncent à l'autorité compétente afin que votre répréhensible comportement soit sanctionné comme il se doit. Grâce au ciel, il existe des lieux où l'on traite ces problèmes avec tout le sérieux exigé. La situation est donc grave, mais pas désespérée.
Ouf ! Nous voilà rassurés !



