Portrait d'une femme noble dit "la Muette" / Raffaello Sanzio / GNM / Urbino
Elle a envoyé un mail en début d'été pour annoncer une mauvaise chute, sa cheville malmenée l'empêche de donner ses cours, qi-gong en particulier, et nécessite du temps pour récupérer. Elle écrit à nouveau cet automne en expliquant qu'elle a encore besoin de forces pour se remettre, qu'elle peut accompagner à distance, ponctuellement. Elle propose diverses prestations, quelques méditations. Et puis, avec dignité, elle parle de cette assurance perte de gain à laquelle elle n'a jamais souscrit en tant qu'indépendante, trop chère, pensait-elle, si bien qu'elle se retrouve à puiser dans ses économies pour pouvoir tourner. En parallèle des quelques cours qu'elle prodigue assise, elle donne aussi son numéro bancaire pour le cas où on souhaiterait lui verser quelque chose, un coup de pouce pour l'aider à traverser cette mauvaise passe.
A la voir, qui aurait dit qu'elle s'en sortait de justesse, juste assez pour pouvoir se débrouiller, assumer le quotidien, mais qu'un accident malheureux pourrait parvenir à faire chavirer cette barque en délicat équilibre. Une nouvelle pauvreté semble en train d'émerger. Elle concerne ceux qui vivent sur le fil, mais qu'un vent mauvais peut venir déséquilibrer et qui d'une manière ou d'une autre auront besoin d'assistance. Quel que soit le discours tenu par les autorités (un coût de la vie officiellement augmenté de 5%, mais que la plupart des acteurs sociaux, syndicats en tête, contestent) pas mal de ménages, et pas seulement ceux qu'on dit "modestes" ont de la peine à joindre les deux bouts.
La nouvelle pauvreté n'est peut-être pas tant une pauvreté qu'une précarité qui s'installe peu à peu et fragilise des gens qui s'étaient crus jusqu'ici à l'abri. Son récent message a eu le mérite de le rappeler. C'est courageux de savoir se raconter et encore plus de savoir demander.
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