Drôle de période pas drôle que la canicule ! Jusqu'à treize heures, le monde paraît plus ou moins normal. On sort. On nage. On fait ses courses. On dit bonjour à la voisine. Et puis, après le déjeuner, soudain, à une heure très précise située entre quatorze heures trente-cinq et quatorze heures quarante-cinq la chaleur plonge et envahit l'univers. La forêt si généreuse en brises au petit matin ne peut plus rien pour nous. Elle nous invite à nous replier. Débrouille-toi, nous dit-elle, j'ai bien assez à faire, à veiller sur mes pousses lançant des s.o.s. Alors on faiblit. On fond. On prend note avec stupéfaction du potentiel de ramollissement de notre cerveau. Il relève ces jours-ci d'une intelligence tout ce qu'il y a de plus superficielle. On délaisse les livres prévus pour chercher secours auprès de polars nordiques connus se déroulant de préférence au cœur de l'hiver. On se prend de passion pour d'obscurs artistes polonais ayant si bien su peindre les cimes enneigées.
Le corps, comme le cerveau, fonctionne a minima. C'est l'immobilité quasi absolue. On va à l'essentiel. On fait trois fois rien. Juste ce qu'on doit. On s'étonne malgré tout de se retrouver en santé. On fait face sans médicament particulier, mais avec une multitude de douches éclair. Et puis on détient deux solutions miracles pour tenir bon : l'ayran préparé avec la menthe de la terrasse et les tranches de fruits, toutes sortes de fruits, passées cinq minutes au freezer. En déglutissant on a comme l'impression d'une colonne de climatisation intérieure. On revit. Jusqu'à la prochaine crise. Jusqu'à la prochaine douche. Jusqu'à la prochaine nuit.
(après tout, il n'y a que les imbéciles qui : on se surprend quoi qu'on ait décidé avant, à compulser rêveusement les pages offrant ventilateurs et climatiseurs, qui promettent "des oasis de fraîcheur". Des oasis de fraîcheur... quelle extase... quel bonheur...)

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