25 juin 2026

Vivre : cinq heures au clocher

 

 
Tous les matins, nous nous levons à tâtons. Nous attendons pour nous engager que le jour nous permette de voir où nous posons pattes et pieds (un ver de terre, un escargot sont si vite écrasés). Nous veillons à ne rien éveiller, ne rien déranger. Sur le chemin, nous entendons les premiers oiseaux chanter. La biche ou le renard que nous allons croiser sont bien plus discrets, farouches même importunés, ils passent, on dirait des fantômes, des ombres que la nuit a oubliées. Je tends l'oreille à ses griffes caressant les graviers, à quelques noyaux sous mes souliers. Il y a en surplomb de notre trajet deux grands arbres enlacés, aux feuillages entremêlés. Impossible de passer devant ces vénérables sans leur faire révérence : ce sont des sages qui nous protègent. Respect. 
C'est l'heure des essences et de l'essentiel. Les tilleuls capiteux invitent à chavirer. La lavande que je pince du bout des doigts avant de la humer, m'apporte, j'en suis sûre, équilibre et santé. Déjà, les papillons voltigent, les insectes s'affairent autour des tiges, prendre garde à ne pas les importuner Les prés embaument. Ils sentent le foin, les herbes fraîches, la camomille froissée. Quelques vagues relents d'ail des ours en train de trépasser. 
Plus bas, c'est tout à coup un branle-bas de combat : une dispute féroce entre deux chats. Mon compagnon n'a cure de ces hostilités : bien trop occupé à renifler. Le premier train traverse le village et fend l'air comme une fusée. Des branches s'agitent. Un store se lève. Quelqu'un éternue. Sur la route une voiture s'est engagée.
Nous avons effleuré, senti, flairé. Nous avons pris nos marques pour la journée. Il fera chaud. On le sait. Dans douze heures exactement, ce sera le dernier tour et les degrés auront doublé. Entre temps, profitons, profitons encore, du lac, des ombres, des promesses d'un jour à inventer.

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