On le sait bien : consommer est un acte politique quotidien. On vote et on s'affirme comme citoyen toutes les fois qu'on entre dans un magasin. Hier, l'installateur de cuisines nous a raconté les aberrations auxquelles il assistait durant ses différentes missions. Des éléments électroménagers en état de marche, jetés au bout de six mois parce que les gérances immobilières décident de tout changer au moindre pépin. De toute façon, ce sont les locataires qui paient, les loyers augmentent, mais qui s'en soucie, du moment que les propriétaires peuvent engranger des profits ? Comme sa boîte installe les nouveaux modèles et reprend les anciens, mais n'a pas le temps de les revendre, ceux-ci sont envoyés à la benne, ou, dans le meilleur des cas, donnés à des associations que l'entreprise soutient.
C'est le grand gaspillage : chaque saison amenant son lot de nouveautés et son lot de clients désireux d'obtenir le dernier gadget inventé, la ronde folle de la consommation n'est pas près de s'arrêter. On assiste même à un emballement total. Ainsi, de plus en plus de jeunes ménages demandent à présent des plaques en induction parce que "c'est plus rapide". Logique : il faut préparer très vite des plats qu'on a achetés précuisinés.
Tandis qu'il installait nos façades, l'homme de métier nous a signalé que notre lave-vaisselle a été mal fixé il y a cinq ans. En conséquence, il a fonctionné de manière déséquilibrée et s'est abîmé. Il nous propose d'appeler sa boîte : peut-être pourrions-nous profiter d'une action sur un modèle d'exposition. La vendeuse au téléphone a répondu qu'elle voulait bien faire un rabais de 40% sur un modèle Miele (catégorie énergétique A) sorti il y a peu de temps et qu'un client qui s'est désisté leur avait laissé sur les bras. Pendant qu'elle nous donnait les références de l'appareil, on a cherché sur le net et découvert un site proposant le même modèle, à un prix très en-dessous de celui qu'elle venait de nous proposer, avec en sus la livraison offerte.
En tant que consommateurs, nous avons dû faire un choix : garder l'ancien appareil et voir combien de temps il tiendra (c'est une loterie, mais qui ne risque rien...). Ou accepter l'offre de cette entreprise de la région, qui paie correctement ses collaborateurs et exerce depuis de nombreuses années, quitte à dépenser plus. Ou encore, faire appel pour un montant bien inférieur à une boutique en ligne rachetée il y a deux ans par un des plus grands groupes du pays (dont on ne sait rien des conditions salariales et rythmes de travail mais qui casse les prix).
Réflexion faite : rien. On ne bouge pas. On donnera sa chance à l'appareil qui est là. On fera attention. On fera avec. On ne rentrera pas dans la ronde du "quelque chose cloche, on s'en débarrasse". La folie du "tout, tout de suite et impeccablement" ne passera pas par notre cuisine.
(Quand nous avons dit à notre installateur que nous étions prêts à faire notre vaisselle pendant quelques semaines au besoin, il a ouvert de grands yeux étonnés : à croire que laver quelques assiettes était désormais une tâche dévolue aux extraterrestres. Qui est-ce qui marche sur la tête ? On n'en sait rien. Mais notre décision est prise : tant que notre lave-vaisselle marche, on le gardera.)

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