Christus und Magdalena im Hause des Pharisäers Simon, 1752 (détail)
Giovanni Domenico Tiepolo / la Residenz / Würzburg
Giovanni Domenico Tiepolo / la Residenz / Würzburg
Ce ne devait être qu'une banale intervention. Deux boules de graisse sur une patte avant. Trois fois rien. Le rendez-vous pour le retrait des fils avait été fixé dans la foulée. Il fallait compter une dizaine de jours. Trois fois rien vraiment. Mais! C'était compter sans son indéniable créativité, sa remarquable vitalité. Sa capacité à mordre violemment la collerette censée protéger la plaie de ses bactéries salivaires. Son aptitude à tromper notre attention et à sauter sur un mur d'un mètre vingt (faisant ainsi sauter les fils une première fois et nous obligeant à passer quatre heures un dimanche dans des urgences non climatisées). Comment il a réussi à déchirer les seconds points de suture, impossible de le savoir. Cela restera une énigme. Comment il a été capable, de retour de chez sa vétérinaire, en à peine une demi-heure, de déchiqueter le pansement en trois couches qu'elle avait mis trente minutes à solidement emballer, autre mystère. Il n'a cessé, pendant un mois, de nous étonner, de nous stupéfier par ses capacités à se défaire obstinément de ce qui était mis sur pied pour l'aider à cicatriser.
J'ai démembré plusieurs chemises de R. pour lui fabriquer au moyen des manches des protections destinées à prévenir les méfaits de sa salive. Un matin, au réveil, j'ai retrouvé le manchon par terre et sa plaie à nu, parfaitement délestée des vingt-deux agrafes qu'on lui avait apposées la veille. Il y avait devant moi le chien, le manchon, une plaie ouverte sur plusieurs centimètres, mais pas une seule agrafe en acier que sa soignante s'était décidée à lui poser avec une application exemplaire. Je me suis inquiétée, mais apparemment son tube digestif est tout à fait en mesure de retraiter ce genre de denrée. Il était en pleine forme. Il voulait juste qu'on le laisse jouer, sauter, gambader en toute liberté. Un troisième vétérinaire l'a fermement ragrafé. Hier, enfin, nous sommes retournés au cabinet pour le retrait des quatre dernières attaches métalliques. Naturellement, les trois premières sont parties aisément. Pour la dernière, il a fallu aller chercher du renfort et la pince spéciale pour extraction de broches, car elle ne voulait pas céder.
Il commence à être connu là-bas comme le loup blanc. Il fait copain copain avec toutes les assistantes qui l'adorent. Quand j'ai demandé en plaisantant au véto s'ils accordaient des bons de fidélité, genre la onzième consultation gratuite, il nous a offert la séance. Il faut dire qu'en un mois nous sommes devenus d'excellents clients. Tout cela est très sympathique. Ils sont tous extrêmement sympathiques. Mon chien est terriblement sympathique. Mais cette banale intervention, quelle plaie!

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