Depuis la rentrée 2023, Marie Richeux a repris les rênes du Book Club et parmi la variété des propositions, la série Dans la bibliothèque de... me ravit. Le principe est simple : un ou une invité/e issu/e du monde de la culture ouvre les portes de sa bibliothèque (une bibliothèque réelle, qui se déploie dans plusieurs pièces, quand la personne reçoit chez elle ou parfois virtuelle, quand elle emmène quelques livres en studio). Pour cette occasion, elle choisit cinq livres qui l'ont particulièrement marquée au cours de sa vie.
Ces émissions à thème permettent de découvrir une personnalité hors de son cadre habituel de représentation. Elles donnent aussi l'occasion d'appréhender des livres autrement car c'est une chose d'entendre un/e écrivain/e parler de son œuvre tandis qu'il en fait la promotion et une autre d'écouter une personne lectrice parler de ce qui a résonné en elle.
Dernièrement Barbara Pravi s'est livrée au jeu avec passion. Jusque là, cette chanteuse avait toujours un peu tendance à m'agacer : elle me semblait parler vite, trop vite, elle utilisait trop de mots, elle avait d'insupportables tics de langages (sa manière de prononcer "hyper" à chaque détour de phrase!). L'autre jour, pourtant, elle a présenté des livres que j'aurais plébiscités (la Plus que vive, mon livre préféré de Christian Bobin; L'Arte della gioia, le livre que Goliarda Sapienza a mis plus de vingt ans à faire publier).
Elle a aussi choisi un texte tiré de Sorcières, de Mona Chollet, une essayiste qui développe une œuvre en dehors des modes et des
bien-pensances offrant des pistes pour réfléchir en toute liberté quel
que soit le sujet. Pour l'invitée du jour, ce texte a été son "premier pas vers le féminisme". "Une proposition de pensée".
Quand un homme en milieu de vie échange sa compagne contre une plus jeune, cela peut jeter le doute, rétrospectivement, sur les motivations qui l'ont fait rester dans cette première relation. La femme quittée peut se demander s'il n'avait aimé en elle que sa jeunesse, s'il n'appréciait pas avant tout les services rendus, ainsi que le statut que lui donnait le couple et la paternité.Mais surtout une question se pose : et s'il ne pouvait aimer qu'une femme qu'il domine ? Car ce schéma implique une double violence : à l'égard de l'épouse délaissée, mais aussi, de manière plus feutrée, à l'égard de la nouvelle compagne.Lorsqu'il évoquait sa relation avec Soon-Yi Prévin, Woody Allen précisait ne pas considérer l'égalité comme un prérequis dans le couple." Parfois l'égalité dans une relation est formidable, mais parfois aussi c'est l'inégalité qui fait que ça marche."Même si le déséquilibre n'est pas toujours massif et s'il n'est heureusement pas toujours recherché de manière délibérée, la différence d'âge augmente la probabilité que l'homme ait l'avantage sur au moins un de ces plans : social, professionnel, financier, intellectuel. Dès lors ce que recherchent certains hommes, ce n'est pas tellement un corps féminin jeune, que ce qu'il dénote : un statut inférieur, une expérience moindre.
L'émission s'est terminée au son de la Pieva, chanson-titre du dernier album de Barbara Pravi, qui fait allusion aux migrations et aux histoires rocambolesques de sa famille.
C'est beau de se sentir en réelle proximité avec quelqu'un qu'on ne connait pas, qui vit à des années lumières de soi, par le simple fait que cette personne aime lire ce que l'on aime. Aimer les mêmes livres, c'est peut-être avoir la même vision fondamentale de l'existence. On devrait penser à faire parler les gens sur les livres qu'ils préfèrent à chaque fois qu'un ange passe (et en cette saison, les anges ne vont pas manquer de s'inviter...)
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